La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Xures: déportation de la commune

Déportation à travers la France, l’Allemagne et la Suisse entre le 18 octobre 1944 et le 09 février 1945

d’après les travaux de M. JP Seichepine sur les récits des survivants,
recueillis par J. Christophe, maire de Xures

 Emplacement: Xures

Monument de Xures

Le 08 octobre 1944, les troupes allemandes continuent à reculer. En passant par Xures, ils réquisitionnent les hommes valides pour creuser des tranchées antichars à Lohr (Alsace).

Au matin du 18 octobre 1944, des officiers allemands arrivent au village et ordonnent à la population de rassembler leurs affaires : les villageois doivent être emmenés en Allemagne pour, soi-disant, être protégés de l'avance américaine.

Vers 14h00, les chevaux sont attelés, c'est le grand départ. Un long convoi s’avance vers la Moselle, par des chemins traversant des champs boueux, détrempés par la pluie. La route est calme jusqu’à la forêt du Haut de la Croix où les déportés essuient un violent tir de l'artillerie américaine. Seule la voiture de tête sur laquelle se trouvent une paralysée, une blessée et quelques vieilles femmes se renverse, déversant tout son chargement. Heureusement, il n'y a pas de blessés. 

Des femmes valides sont autorisées à aller à Ommeray, un village lui aussi complètement abandonné et en profitent pour changer leurs vêtements détrempés et traire les quelques vaches restantes. Le lendemain matin, elles retournent vers la forêt avec du lait chaud pour les nourrissons et les vieillards qui viennent de passer la nuit dehors.

Le convoi repart pour Bourdonnay : ce village vidé de ses habitants permet aux villageois de Xures de passer quelques  nuits dans des maisons. 

Le 20 octobre 1944,  sans explications, les Allemands font monter les enfants et les vieillards dans des camions alors que le reste du groupe continue sa route avec les chariots vers Lohr. Les femmes peuvent y retrouver leurs maris en train de creuser des tranchées et apprennent que leurs enfants sont à Wingen, situé à une vingtaine de kilomètres. Après quelques heures, ils doivent de nouveau repartir mais cette fois-ci, eux aussi sont transférés par camions militaires.

Après huit jours de séparation, les femmes retrouvent enfin leurs enfants et leurs anciens à Vilchteid, en Allemagne. Pendant trois semaines, ils deviennent pensionnaires d’un camp où la chaleur aggrave le manque de nourriture. Le nombre de malades s’allonge malgré les quelques soins prodigués par l’infirmerie.

Puis, nouveau départ : cette fois, c’est les wagons à bestiaux qui les mènent à Kassel, à Hanovre, puis de nouveau à Kassel, où personne ne les attend. Ils retournent donc à Hanovre où rien n’est prêt pour les accueillir.

Pendant les huit jours de trajet, les villageois doivent survivre avec les quelques denrées qui leur reste depuis leur départ de Xures et qui sont depuis longtemps périmées. Les morts s’entassent.

La situation ne s’arrange pas à Hanovre : abrités dans les sous-sols de la gare durant les bombardements, ils sont soumis au chaud et au froid. La liste des décès se fait de plus en plus longue.

A ce moment, un Allemand les fait transporter dans une grande maison où ils peuvent dormir sur de la paille de colza. La nourriture se limite à un repas par jour (soupe de choux et de rutabagas et casse-croûte avariés) mais l’eau coule à volonté. Tous les jours, des prisonniers italiens apportent des boissons chaudes et les malades sont visités par les médecins français en captivité. Pourtant, faute de médicaments, beaucoup continuent à mourir.

Le 25 janvier 1945, les villageois repartent vers la Suisse dans des wagons à voyageurs, non chauffés. Ils sont toujours entassés et ne bénéficient pas de ravitaillement : on comptera encore plusieurs morts. 

Ces derniers sont alors laissés soit dans un champ, soit sur le quai, à même le sol.

Le 29 janvier 1945, les habitants de Xures passent la frontière française. Ils peuvent être soignés dans des hôpitaux, notamment à Grenoble et Annecy

Enfin le 09 février 1945, après plus de trois mois d’exode, c’est le retour à Xures. Le village a été pillé, endommagé par les bombardements et les terrains sont minés.

Malgré ce spectacle désolant, les survivants fêtent leur retour et leurs retrouvailles avec les hommes rentrés quelques jours plus tôt. 

Le village comptera 25 morts, dont 10 enfants. Les 15 adultes décédés sont pour la majorité des personnes âgées.


Agrandir le plan