La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Pexonne, 27 août 1944...

Pexonne

Dimanche 27 août 1944
Ecrit par: Guillaume MAISSE

 

PEXONNE ou la force tranquille d’un village lorrain.

La qualité de l’argile de son sous-sol  et l’abondance des forêts valurent à Pexonne l’installation d’une tuilerie dès 1583. Puis, la création d’un impôt  sur la vaisselle de table en argent ou en vermeil, décidé par Louis XIV, favorisant naturellement l’intérêt pour la faïence, fit de la faïencerie de Pexonne une des plus anciennes de France (1719), dirigée par la famille FENAL depuis 1836.

Pexonne est donc un petit pôle industriel organisé autour de sa faïencerie et de son agriculture.

Pexonne

 

Pexonne, au coeur de la Résistance.

La forêt vosgienne, entourant Pexonne, constitue un refuge idéal pour les résistants. Ils seront en cette fin d’août 44 plus de 800 à  rejoindre le maquis. Venus d’horizons différents (déserteurs du STO, anciens prisonniers évadés, résistants menacés…) ils constituent une force hétéroclite, mal équipée et peu préparée. Seule une centaine d’entre eux sont armés.

Les accrochages avec les troupes allemandes et la milice deviennent de plus en plus fréquents.  Dans la nuit du 24 au 25 aout 1944, un petit groupe de maquisard se rend à Pexonne pour arrêter deux jeunes miliciennes : Geneviève et Yvonne  Demetz. L’Etat-Major de la Résistance veut les neutraliser, afin de sécuriser l’émetteur-radio, situé  à proximité de Pexonne. La présence du maquis n’est plus un secret et l’occupant, qui tente en vain de s’emparer des chefs maquisards, décide de frapper un grand coup en s’en prenant à la population, soupçonnée d’aider la Résistance.

 Ce samedi 26 août 1944, un français vient au café, chez Madame ROBERT, demandant à intégrer le maquis. Il fuit, dit-il les allemands, avec un camarade resté à Baccarat, mais Madame ROBERT feint d’ignorer où est le maquis et ne dit rien. L’inconnu poursuit ses recherches auprès de la population et regagne Baccarat sans rien dire et s’arrête au café de Merviller et y apprend qu’un émetteur radio est caché à Neufmaison chez Madame GADAT, l’institutrice….

 

Dimanche 27 août 1944: une journée noire…

Le village est encore endormi.  Il est un peu moins de 5h00 du matin quand Raymond DA SILVA quitte la maison familiale. Son frère René n’a pas souhaité l’accompagner et préfère rester au lit. Raymond doit  prendre en charge, à hauteur de la maison du garde forestier PLOUSSARD de Neufmaisons,  une trentaine de jeunes maquisards pour ensuite les conduire au PC du maquis, à la Pile, au-dessus de Celles sur Plaine. A mi-chemin, il est plus de 6 heures, quand il entend les moteurs d’un convoi de  camions allemands, venant de Neufmaisons et se dirigeant vers Pexonne. A couvert, il distingue nettement les soldats en arme à bord des camions camouflés de branchages. Il s’agit du Kommando WENGER, basé à Baccarat depuis le 20 août, bénéficiant du renfort de parachutistes et de soldats d’un régiment d’infanterie.

De son côté, René CLAUDE, gérant de la SANAL, est en train de faire, à pied, avec une charette à bras, sa tournée de lait, quand il aperçoit à son tour les camions allemands qui se dirigent vers Pexonne. Il rentre précipitamment à la maison parce qu’il doit impérativement cacher les brassards FFI qu’il entrepose chez lui. Aussitôt fait, il a juste le temps de s’esquiver.

Le village est encerclé, et il est 6h45, lorsque deux SS font irruption au  37 de la rue de Fenneviller, dans la maison de mon grand-père encore au lit. Ma grand-mère, Jeanne, 39 ans, prépare le petit-déjeuner. Les allemands sont déjà à l’étage et sortent mon grand-père Georges BELIN, 41 ans,  de son lit, lui intimant l’ordre de s’habiller rapidement et de se rendre sur la place de l’église, suivi par un soldat. Il s’habillera avec ses habits du dimanche, met une cravatte, sous le regard inquiet de son fils Pierre, qui partage encore la chambre des parents. La maison est fouillée de la cave au grenier, ma grand-mère tremble d’effroi. Ma mère, Geneviève, âgée de douze ans, ne comprend pas encore ce qu’il se passe. Pierre veut se sauver par l’arrière, mais un soldat allemand fait les cents pas sur la route du cimetière qui borde le jardin et Pierre reste pétrifié. C’est sa sœur, Geneviève qui le ramènera à la maison.

Peu après, mon arrière-grand-mère, Joséphine BELIN, 66 ans, arrive, affolée, car sa maison aussi a été envahie par les allemands. Téméraire, elle emmène sa petite fille voir ce qui se passe sur la place du village. Jeanne reste prostrée chez elle avec Pierre.

Au même moment, à la Canegotte,  Marcel DONY , 10 ans, blessé à la jambe à la suite d’un accident avec une faucheuse début juillet, est réveillé par un allemand qui lui demande en se penchant sur son lit « du bist krank? ». Ne comprenant pas ce qu’on lui dit, Marcel comprend: « tu es grand? » et répond : « Oui! », et le soldat s’en va. Inquiété par un silence inhabituel, Marcel se rend dans la rue, à l’aide des béquilles que son père lui a confectionné à partir d’un vieux séchoir à linge. Il y retrouve un copain, qui lui annonce que les allemands ont rassemblé les femmes et les hommes sur la place de l’Eglise en bas de la rue. Surprise en pyjama, la sœur de ce dernier a voulu  s’habiller et mettre des chaussures, mais l’allemand lui marchera sur les pieds en disant  » tiens foilà chaussures! » N’ayant pas conscience de la gravité de la situation, les enfants décident de faire alors une partie de petits chevaux, malgré quelques coups de fusils et des bruits d’explosions étouffés. (1)

Pierre LALLEMAND, non loin de là, a « été pris dans le couloir de la ferme, avec un sceau de lait à la main ».

Quant à Paul MERCY, il demande au soldat allemand venu le chercher dans cette avant dernière maison du village sur la route de Feneviller, un instant le temps de prendre ses papiers. Prisonnier des allemands, il a été rapatrié pour cause de mauvaise santé. Il pense alors naïvement que ses papiers « en règle » lui éviteront des ennuis…

Roger ROGER, membre actif du maquis, se cachera dans le réduit à cochon, chez DONY et échappera à la rafle (1).

Colette CHAUDRON est prête pour aller à la petite messe de 7h. De la ferme de La Rochotte, elle descend au village accompagnée de sa mère. Arrivée devant chez ROBERT, elle aperçoit les allemands qui lui font signe de venir. La porte de la maison ROBERT étant ouverte, Colette se précipite à l’intérieur, monte à l’étage, entre dans une chambre à coucher et se cache sous un lit. Mais un allemand l’a prise en chasse et la déloge : « Raus Kathedral! ». 

Les soldats allemands pénètrent bruyamment dans l’Eglise Saint Pierre aux Liens et interrompent l’office de l’abbé BESOIN, qui vient à peine de commencer. Alda SIGNORI a la présence d’esprit d’aller se cacher dans la chaire. Elle y restera jusqu’à midi, quand le silence retombera sur Pexonne. Les hommes, les femmes et les enfants sont évacués sur la place devant l’Eglise. Roger DUMOUTIER, caché dans l’armoire de la sacristie, sera découvert et expédié sur la place sans ménagement. Guy de VITRY est parmi eux.

Colette rejoint donc les autres femmes, regroupées debout sur les marches de l’église. Elle y retrouve Camille DAUDANT toujours en pyjama.

Pendant ce temps-là, Charles CHAUDRON, le frère de Colette, resté à la ferme, est en train de faire boire le taureau à la fontaine, quand les allemands viennent le chercher. Le temps de rattacher la bête et Charles emboîte le pas des allemands. Pourtant Charles aurait dû être au maquis, son ami Roger MICHEL l’en avait convaincu. En le voyant arriver, la mère de Colette, rassurée,  dit à sa fille: « tiens, voilà ton frère, tant mieux, s’ils foutent le feu à la ferme, au moins, il ne sera pas dedans! »

Du côté des cités De Vitry, les allemands entrent chez TRITZ et découvrent le père TRITZ alité à la suite d’une violente jaunisse. Dans la maison voisine, Simone ZANON entrouvre les volets pour voir ce qu’il se passe et aperçoit des camions allemands. Son mari, Pierre, lui enjoint de refermer les volets et de revenir se coucher. Pensant que la maison TRITZ et ZANON ne font qu’une, les allemands laissent le père TRITZ à sa maladie et vont poursuivre ailleurs leur sinistre besogne. Pierre ZANON ne sera pas raflé. Pendant ce temps-là, son père Jérémie ZANON, est allé à l’eau, un sceau au bout de chaque bras. Henri ZANON, le plus jeune fils de Jérémie, âgé de 9 ans, assiste à la scène, et décide d’aller se cacher dans le jardin, dans les rames des haricots. De là, rejoint par Huguette SIGNORI,la fille d’Edilio, il aperçoit les soldats allemands qui défoncent à coup de crosse les portes d’entrée des maisons occupées par les frères SIGNORI. Louis ZANON, Arroldo SIGNORI, Elio SIGNORI et Vladimir SIGNORI sont sortis des maisons et emmenés sans ménagement sur la place.

Chez les NAGY, Ladislas, son frère Charles et un neveu, Armand CRAUSAZ, qui étaient partis « faire du bois », s’en reviennent à cause du temps qui menace. Yvette, l’épouse de Ladislas, s’occupe des cinq enfants et plus particulièrement de Bernard, âgé de deux mois, qu’elle allaite, quand les allemands font irruption dans la maison. En français on leur demande de quitter immédiatement les lieux et de laisser les enfants à la maison. Yvette s’y oppose énergiquement, et la voici partie en direction de la place de l’Eglise, accompagnée de ses cinq enfants. Pendant plus de quatre heures, Yvette fait face avec les autres femmes, aux hommes alignés sana pouvoir leur parler. André NAGY, âgé de trois ans, ne comprends pas pourquoi il ne peut rejoindre son père, distant de quelques mètres. 

Ces scènes se sont répétées dans chacune des maisons de Pexonne et tout le village est rassemblé sur la place, hommes, femmes et enfants, à l’exception cependant des femmes et des enfants de la rue de Fenneviller (?).  Des habitants de Fenneviller, venus assister à la messe du matin, sont également pris au piège. Les notables du village, M. de VITRY d’AVAUCOURT, directeur des Faïenceries et son beau-frère, M. Georges de WILLERMONT, Maire de Pexonne, le directeur de l’école et secrétaire de mairie M. GUERY, ainsi que le curé, l’abbé BESOIN, sont à leur tour alignés sur la place. Geneviève et sa grand-mère, debout devant la boulangerie GEGOUT observent avec inquiétude ces hommes et ces femmes alignés et menacés par les mitraillettes allemandes, les hommes d’un côté,  les femmes de l’autre. Pourquoi ? Que va-t-on faire d’eux ? Les Allemands sont nerveux. Ils comptent et recomptent les hommes présents. Le Maire tente d’expliquer que tous les hommes sont là. Il semble que les Allemands cherchent des maquisards et veulent s’assurer qu’il ne manque personne. Pierre LALLEMAND, réfractaire au STO et échappé de Willemshaffen ne sera même pas identifié comme fuyard. Les allemands continuent à fouiller chacune des maisons et ne trouveront en tout et pour tout qu’un révolver chez M.DUMOUTIER, que le milicien Louis PERDON exhibera avec arrogance. Cette maison cristallise l’acharnement des allemands qui y jettent des grenades, effrayant les otages persuadés qu’ils vont tous être exécutés.

 

Comme tous les dimanches, Bernard GUERY, doit rejoindre depuis Neuviller, ses parents à Pexonne pour passer la journée avec eux. Parti en vélo avec près de deux heures de retard, il traverse le village de Fenneviller, désert, et est surpris de voir un attroupement à la sortie du village. Parmi ces gens, la belle-fille PERRIN l’apostrophe: » Bernard, ce matin à la petite-messe, ta maman m’a chargée de te guetter pour te faire rebrousser chemin, les Boches encerclent Pexonne, ils ont arrêté l’abbé Besoin, en pleine messe, comme ils vont le faire avec tous les hommes. Repars vite à Neuviller, n’en bouge pas! ». Le bruit des grenades et des coups de fusils sont perceptibles jusqu’à Fenneviller augmentant l’angoisse de ceux qui ont échappé au drame. Quand tout à coup surgissent au loin les silhouettes de femmes arrivant en pleurs et affolées. Elles racontent ce qu’elles ont vu, et devant leur récit Bernard doit bien se résoudre à rentrer à Fenneviller, le cœur gros et inquiet pour les siens.

René CHANAL, parti de Lunéville en vélo dès six heures du matin, a décidé de venir rejoindre son épouse et ses deux enfants en vacances chez sa belle-mère. Arrivé avant Pexonne, on lui fait signe de faire demi-tour, mais incrédule, il poursuit son chemin et se fera arrêter en arrivant sur la place du village. Sa femme restée avec sa mère et ses enfants dans leur maison de la Rochotte est prévenue de l’arrestation de son mari. Elle se rend sur la place pour l’apercevoir.

Maurice GEORGE, réfractaire au STO, caché la journée à la ferme de la Rochotte, se retrouve avec les hommes alignés sur la place. Craignant d’être découvert, il parvient discrètement à enfouir ses papiers au pied du monument afin de ne pas être identifier comme fuyard.

Celà fait maintenant plus de trois heures que les enfants attendent avec leur mère sur les marches de l’église et trouvent le temps long. Quand l’un d’entre eux s’écrie : « Maman j’ai faim! », un homme en uniforme allemand rétorque dans un français impeccable : « moi aussi, j’ai faim ! »

 Sous la menace de sa mitraillette un allemand entreprend de trier les hommes. Au faciès, ou plutôt selon l’âge apparent, il désigne ceux qui doivent monter dans les camions. Maurice BALLAND, désigné, fixe l’horizon, fait semblant d’ignorer la consigne et ne bouge pas. Il reste là … et ne partira pas. D’autres, mal rasés en ce dimanche matin, paraissent plus vieux et échappent de justesse à un destin malheureux.

Depuis les marches de l’église, Jean COLIN (10 ans) observe, intrigué, des camions, vides et sinistres, qui manœuvrent face aux hommes alignés.

Pendant ce temps, à Paris, Le Général de Gaulle, assiste en compagnie du Général Bradley, au premier défilé des troupes alliées sur les Champs Elysées …

Il est 11h45, quand les Allemands décideront, avec brutalité de faire monter dans les camions  stationnés devant la Boulangerie Gegout, les 108 hommes arrachés à leur famille. Ils ne garderont finalement que les hommes âgés de 18 à 45 ans ainsi que 3 femmes: Elisabeth ROBERT et ses deux filles, Renée et Paulette, accusées d’avoir hébergé un poste radio émetteur. Ce sont des cris de déchirement, les femmes et les enfants pleurent. Geneviève, dit à sa grand-mère, « mais Papa n’a pas mangé »! Elle entre vite dans la boulangerie Gegout pour acheter une miche de pain, qu’elle aura juste le temps de donner à son père au moment où il monte dans le camion. Elle recevra un coup de crosse de fusil dans le dos !

Pierre MALMANCHE, qui aurait dû être au maquis ce matin,  a juste le temps de faire le signe de la victoire à sa femme Madeleine, enceinte de Nelly.

Edilio SIGNORI, qui était parti de bonne heure faire de  l’herbe pour les lapins à Laval est prévenu par M. CLEMENT que les allemands regroupent tous les hommes et les femmes sur la place. Inquiet pour les siens, Edilio, qui s’est échappé du STO, préfère rentrer au village. Il est arrêté alors que les allemands font monter les derniers hommes dans les camions. Un soldat le raccompagne chez lui ramener la charrette à foin. Il sera le 112e.

Yvette NAGY rentre vite à la maison déposer ses enfants, pour ensuite repartir en courant voir partir les camions. Arrivée à la fontaine, elle aperçoit en effet les hommes, au regard inquiet, debout dans les camions, faire un dernier signe à ceux qui les regardent partir, plongés dans l’angoisse.

Les camions s’éloignent. Ils prennent la route de Neufmaisons. Où vont-ils ? Marie pleure et rentre avec sa petite fille, retrouver Jeanne. C’est le temps des questions, de l’inquiétude…

A la Canegotte, « les femmes rentrent en courant et en pleurs.  Ils ont chargé tous les hommes dans des camions, comme des animaux. Ils vont les tuer ! Ils nous ont chassées en nous menaçant avec leurs fusils. Il y avait même une mitrailleuse pointée vers nous en haut des marches de l’église. Ils hurlaient pour nous faire partir. « Schnell von zu hause aus,  Partir maisson fite fite ». Le père de Marcel, aveugle, aura échappé à la répression (1)

A Neuviller, Bernard GUERY n’y tient plus, et malgré les mises en garde de ses grand-parents, il enfourche sa bicyclette direction Pexonne.  Il découvre un village désert, mort, silencieux. Les volets et les portes sont closes. Arrivé chez lui, la porte est grande ouverte, la maison est sens dessus-dessous, et aucune trace de ses parents. Il traverse la rue et se rend à la boucherie COLIN où il perçoit les pleurs d’une douzaine de femmes avec leurs enfants, assises contre le mur. Absorbée dans ses tristes pensées, Madame GUERY ne voit pas son fils, qui pourtant l’appelle. Quand elle le reconnaît, c’est pour le supplier de s’en aller et de répéter sans cesse « sauve toi Bernard! » Défait, il reprend alors son vélo, sans nouvelle de son père, et s’en retourne à Neuviller.

Les Allemands sont toujours  au village. Deux d’entre eux seront installés dans la maison de ma Grand-mère, et se comporteront en « occupant ».

En début d’après-midi, les allemands reviendront au village, prétextant avoir perdu un chargeur de mitraillette et exigent de la population de le rechercher, les menaçant de représailles. Finalement aucun chargeur ne sera retrouvé. Et s’il s’agissait d’un piège destiné à produire une pièce à conviction justifiant la rafle du matin?

Pexonne

 

LE REPLI DES TROUPES ALLEMANDES

Alors que la 3e Armée US, débarquée le 6/06/44, arrive aux portes de Provins, la 7e Armée US approche de Bourg en Bresse en cette fin août 44, après avoir débarqué le 15/08/44 à Fréjus.

Du côté de l’occupant et de la collaboration, l’heure est à la retraite. Ce 27 août 44, les Allemands continuent  de traverser la Seine sur des ponts flottants, au nord et au sud de Paris. Ils sont directement suivis des troupes américaines et britanniques, qui poursuivent les soldats en déroute afin qu’ils n’aient pas le temps de se regrouper et de contre-attaquer. Toutefois, les arrières gardes allemandes empêchent les Alliés de progresser rapidement et favorisent le repli de la Wehrmacht et des armées Panzer.

A Lunéville, depuis plusieurs jours déjà, on assiste, réjouis, à l’exode de miliciens en direction de l’Allemagne. Dès le 7 août, les premières voitures immatriculées en Touraine et sur Paris s’y arrêtent. Dans la nuit du 13 au 14 août 44, Madame DARNAND, épouse du fondateur de la Milice et Madame HENRIOT, dorment à Lunéville avant de rejoindre l’Allemagne.

Cependant, l’Etat-Major allemand, n’entend pas abandonner le terrain aussi facilement. Le 8 août 44, le BefehlshaberNordost Frankreich met en garde la population française contre tout acte de résistance: » Toute localité dans laquelle ou dans les environs de laquelle auront lieu des attentats sur des Allemands doit s’attendre à être détruite en combat « .

Das Waldfest.

Dans ce contexte,  » Robert WAGNER, Gauleiter d’Alsace, décide sur les instructions d’Hitler, après validation par KALTENBRUNNER,  chef du RSHA, et les services de l’OKW, de la construction d’une ligne de fortifications sur la crête des Vosges, en vue d’appuyer la résistance des troupes allemandes et de stabiliser leur front dans cette région. Cette ligne fortifiée, dénommée « Schutzwall-West » fut édifiée approximativement sur la foncière Franco-Allemande de 1870-1918. Elle s’étendait de Sarrebourg à Delle (Territoire de Belfort) en passant par Cirey, Blâmont, Badonviller, Baccarat, Raon l’Etape, Saint-Dié, Fraize, Gérardmer, Le Thillot, Giromagny, Héricourt et Montbéliard. 30.000 Hitlerjungen d’Alsace et de Bade furent emmenés sur place pour effectuer les travaux de fortifications et par la suite toute la population civile des localités où passe la Schutzwall-West, fut obligée de participer à son édification.

Au début du mois d’août 1944, le Befehlshaber der Sicherheitspolizei ISSELHORST décida de constituer des commandos de Gestapo répartis sur différents points du Schutzwall-West et destinés à surveiller l’état des travaux, à recruter la main d’œuvre civile et surtout à protéger l’ensemble de ces travaux contre les incursions du maquis. En effet, dès juin 1944, un important centre de Résistance avait été constitué dans la région couverte de forêts, limitée par les vallées de la Plaine, de la Meurthe, du Rabodeau et du Donon, appuyé par des éléments anglais parachutés, et qui commandait les routes du Donon et du Hantz. La présence d’environ 1400 maquisards formant le noyau de cette résistance avait été signalé à la Gestapo par le Service allemand des douanes, dans la région de Belval, Moussey et les enquêtes et arrestations effectuées par les agents de la gestapo de Strasbourg avaient confirmé ce renseignement.

ISSELHORST chargea son adjoint, l’Obersturmführer SCHNEIDER et l’Obersturmführer GEHRUN de la direction de ces kommandos. Ceux-ci établirent leur QG au camp de Schirmeck et placèrent un Kommando à Raon sur Plaine sous les ordres du Sturmbannfüher GORLICH avec un sous-kommando à Vexaincourt et un trosième à Belval, sous les ordres du Hauptsturmführer SCHÖNER.

A cette époque se situe l’arrivée en Alsace Lorraine de nombreux éléments de la Gestapo chassés de différentes villes de l’intérieur de la France, par l’avance des troupes alliées. Les plus importants venaient de Nantes, Rennes, Lyon auxquels s’étaient joints quelques membres des Gestapo de Vichy, Toulouse, Hendaye…

Dès leur arrivée, ces éléments furent regroupés en kommandos sous les ordres du Befehlshaber des Sicherheitspolizei (BDS) France, Helmuth KNOCHEN. Mais celui-ci fut vite rappelé à Berlin par HIMMLER et le Général SS  OBERG nomma l’Obersturmbannführer SUHR, du KDS de Toulouse, à la tête de ces kommandos avec le titre du BDS France.

Par suite de ce renfort très important d’agents de la Gestapo, le système de protection du Schutzwall fut entièrement remanié. Deux zones furent crées, dont la ligne de démarcation passait au sud de Gérardmer. HAUGER, chef de la gestapo de Wolfach pris d’abord le commandement de la zone Nord, puis après le 8 septembre celui de la zone Sud. Il fut remplacé au Nord par ERNST, les kommandos de la gestapo de Strasbourg furent déplacés (sauf le kommando de GOHRLICH qui resta à Allarmont (88), et les kommandos du BDS SUHR y furent intégrés après entente de ce dernier avec ISSELHORST.

Alors commença une action de grande envergure contre la Résistance. Cette action fut désignée dans la correspondance et lors des messages radio ou téléphonique, sous le code de « WALDFEST ». Elle se déroule principalement au cours des mois de septembre, octobre et novembre 44, la première partie de cette action ayant été effectuée uniquement par la gestapo de Strasbourg sous les ordres de GEHRUN, au cours du mois d’août 44, les premiers kommandos du BDS France mis en place n’ayant commencé à fonctionner qu’à la fin de ce mois d’août 44.

Au cours de cette action, les crimes de guerre commis par les kommandos de gestapo prirent une ampleur jusqu’alors jamais atteinte dans cette région: meurtres, tortures, pillages, destructions. Le kommando BERGER de la gestapo de Paris notamment, commis de tels abus, que le Befehlhaber ISSELHORST lui-même, se vit obligé de lui interdire toute action en Alsace.  » (United Nation War Crime Commission – case n°2406)

 

Le Kommando WENGER

Installé à Baccarat, à l’Hôtel du Pont, depuis le 20 août, la Sicherdienstpolizei (SD) est dirigée par Erich WENGER.

WENGER Erich, Hauptsturmfüher:

Pexonne

Erich WENGER

Né en 1913, il rejoint la SS le 1/03/1933 sous le n° 169.200. En 1935, il est nommé à la Gestapo de Berlin au service criminel, puis à la Reichssicherheitshauptamt en 1939. En 1944, il intègre le RSHA et est affecté à l’ambassade d’Allemagne à Paris. Il rejoint Nancy début août 44 lors du repli.

Il dispose de quatre-vingt-dix officiers et soldats, ainsi que de français dont il s’attache les services afin d’identifier les résistants membres des maquis. Parmi ses soldats, on dénombre un groupe d’azerbaïdjanais, de roumains et de russes.

Il était présent lors de l’incendie de MENIL-FLIN avec MULLER, selon KESTER.

A la dissolution du Kdo à FRIBOURG, il part à HORNBERG, puis HEILIGENBERG et BREGENZ avec PERDON et WILD. Il se rend prisonnier sur les conseils de KESTER sans dévoiler sa véritable identité. Son nom d’emprunt est alors Edouard WAGNER. Il sera aperçu par KESTER dans une colonne de prisonnier à BREGENZ.

SCHNUR, Hauptsturmfüher:

Un des premiers adhérents à la NSDAP, originaire de Francfort. Spécialement chargé des interrogatoires, même s’il parle très mal le français. Est âgé de 45 ans.

SCHUMANN, Untersturmführer:

Adjoint direct de Wenger, il était policier dans le civil. Attaché à l’ambassade d’Allemagne à Paris, il délivrait les laissez-passer pour la zone libre. Est âgé de 50 ans.

KESTER Max, Hauptscharfüher:

Né le 7 janvier 1893 à Alkoven en Haute Autriche, il est séparé de son épouse depuis 1927.  Au moment des faits, il vit maritalement avec Amélie BEKMAN, à Paris, rue de Belleville, dont il a un enfant.

Il fait ses études, à Ratisbonne, au petit séminaire depuis 1905 et obtient son « Abitur » en 1912. Il sera alors employé dans une compagnie d’assurance jusqu’à la veille de la Grande Guerre. Il sera mobilisé à Munich et participera à la campagne des Vosges. Il terminera la guerre avec le grade de Capitaine d’Etat-major du 20e corps d’armée en Alsace, et sera promu Commandant de réserve.

De 1918 à 1920, il retourne à Munich dans les assurances tout en étant intermédiaire dans le commerce à son compte.

En 1923, il devient reporter allemand pour des journaux allemands, suisses et argentins. C’est au cours de cette année, qu’il aidera à convoyer un transport d’arme au Mexique, pour les besoins de l’armée révolutionnaire. L’importante commission qu’il perçoit, 131.000 Mark, lui permettra de rester alors 6 mois au Mexique.

En 1924, il devient rédacteur au Münchner Allgemeinde Zeitung, qui l’enverra en 1926 à Paris en qualité de représentant littéraire. Il habite alors Montparnasse, puis Belleville. C’est à ce moment qu’il rencontre les gens de chez Grasset, Flamarion et de la NRF.

Dès 1929, il travaille avec des journaux français: Paris-Midi, Le Soir, Germinal, La Revue des Vivants, et écrit des articles traitant de questions politiques concernant l’Europe Centrale et les questions littéraires. Ses articles seront signés du pseudonyme de « HARRIES ».

En 1933, il crée en collaboration avec la Nouvelle Revue Critique, une édition médicale « CLERVILLE », dont le siège est à Paris, en association avec Henri de JOUVENEL, Louis DREYFUS, et un médecin russe naturalisé français.

Cinq ans plus tard, il devient actionnaire à hauteur de 30% dans la société des laboratoires pharmaceutiques ORGA.

Lorsque la deuxième guerre éclate, il s’engage dans la Légion Etrangère avec le grade de Lieutenant et se trouve affecté à Sidi Bel Abbès, mais ne s’y rend pas.

Il est alors convoqué par les Renseignements Généraux à la Préfecture de Paris et interné le 10 décembre 1939 au Stade Roland Garros. Dès janvier 40, il est interné dans le Loiret au camp de CEPOY, puis expédié au camp de MILLE près d’Aix en Provence le 6 juin, d’où il sera libéré le 20 juin.

Il arrive à Paris le 16 juillet et se trouve convoqué à l’ex-consulat d’Allemagne, où il est interrogé sur le nombre d’allemands restés volontairement au camp de MILLE. Parce qu’il parle couramment français, il est finalement chargé de s’occuper de l’organisation de la visite de Paris pour les troupes allemandes, d’engager des guides-interprétes, de trouver des logements et d’organiser les loisirs.

Le 22 juin 41 il est de nouveau arrêté et soupçonné d’espionnage. Il est d’abord mis au secret à Fresnes pendant deux mois, puis transféré à Munich. Il ne sera innocenté qu’en mai 1942 et rentrera à Paris et retrouvera d’anciens internés du camp de Mille. En juin, il s’associe avec un certain RUGARD, qui tenait un bureau d’achat pour l’Organisation TODT avenue Montaigne qu’il sera chargé de fournir en baraquements et outillage.  Le 2 décembre 42, il est arrêté pour la trosième fois pour une hypothétique origine juive et de nouveau incarcéré à Fresnes. Il sera finalement libéré au bout de deux jours avec les excuses et reprendra ses activités avec l’OT. Mais en juillet 43 il est à nouveau arrêté à la suite de dénonciation et soupçonné d’avoir fait le jeu des français pendant son internement au camp de Mille. Après enquête, il sera libéré 18 jours plus tard et poursuivra sa collaboration avec l’OT jusqu’en août 44.

En janvier 44, il obtient un Wehrpass renouvelable chaque mois. Lors d’un renouvellement  on l’envoie au Palais d’Orsay et il y rencontre le Untersturmführer SCHUMANN qui lui présente Erich WENGER, théoriquement chef de la section des laissez-passer auprès de l’Ambassade d’Allemagne, mais qui est en en fait le chef de la Gestapo de l’Ambassade au Palais d’Orsay, (« Kriminal-Rat » du RSHA, section IV). WENGER donne alors à KESTER la consigne de se présenter tous les 15 jours, puis tous les jours à compter du 6 juin.

Ayant déjà été arrêté quatre fois, KESTER fait son maximum pour gagner l’amitié de WENGER, qui l’interroge fréquemment sur l’opinion publique et la résistance dans le milieu ouvrier.

Le 15/08/44, WENGER lui signifie qu’il doit se tenir prêt pour le repli, lui remet un treillis et c’est le 17/08 que la colonne se met en route, direction VITTEL, puis NANCY. Stationné à la Cité Universitaire, il apprend qu’il doit se considérer comme mobilisé et sera utilisé en qualité d’interprète-militaire.

Le 20/08/44 le Kdo WENGER arrive à Baccarat, à l’Hôtel du Pont, où il restera trois semaines. Occupé du ravitaillement, de l’administration du personnel subalterne recruté sur place il s’occupera plus généralement de toutes les questions matérielles. Il servira bien sûr d’interprète auprès du Maire de Baccarat et en particulier pour ce qui concerne les affaires civiles et ordonnances militaires. C’est lui qui ordonnera la fourniture de 5 ou 6 cercueils destinés à enterrer des français de la région, fusillés pour avoir appartenu au maquis. Sa participation à la journée du 27 août n’est pas avérée. Quand le Kdo se scindera en trois (SCHNUR/Etival – SCHUMANN/Raon l’Etape – WENGER/Baccarat), KESTER restera avec WENGER, BARTH et MULLER, avant de rejoindre DELLE, puis COLMAR et enfin FRIBOURG où sera dissout le Kdo.

KESTER restera à Fribourg jusqu’à son bombardement (27/11/44) puis se rend à BAD-KROTZINGEN au sud-ouest de FRIBOURG, où il reçoit l’Ostubaf SUHR et le Hstuf GUTERKUNST, qui lui demande de se mettre à sa disposition en vue de faire passer des agents vers la Suisse à LÖRRACH. Il s’installe alors à WHYLEN-GRENZBACH, domicilié dans une maison de la douane. En 04/45, il tente en vain de faire passer 3 agents, un couple (Jacques et Marie Louise LEFEVRE) et un savoyard, agent de PERDON, épicier à VICHY. Puis il reçoit l’ordre de se rendre à CONSTANCE avec le couple et PERDON, qui lui doit se rendre à HEILIGENGERG rejoindre WENGER et à qui il confie le couple LEFEVRE. A CONSTANCE, il retrouve RADET, CAMBA et WILD. Trois jours plus tard, il part avec WILD pour BREGENZ, puis FRASTANZ où ils se réfugient dans la montagne, ayant reçu l’ordre du chef de la Gestapo de se rendre à INSBRUCK, comme tout le monde, dans le réduit national.

KESTER fait plusieurs apparitions à BREGENZ où il retrouve WENGER et PERDON, ainsi que la colonne PANNWITZ, chargée d’installer un poste émetteur dans la montagne, au SCHILLERKOPF, pour entrer en liaison avec les 112 agents encore en France.

Le 2 décembre 45, à l’arrivée des troupes françaises, KESTER se rend à l’officier de la Sécurité Militaire qui accompagnait la 2e DB. Contre renseignements sur la colonne PANNWITZ, il obtient un laissez-passer. En allant chercher ses affaires  à AU, où il avait trouvé refuge, il croise WILD et WENGER, qu’il parvient à convaincre de se constituer prisonnier. Cependant il ne révèlera pas leurs véritables identités, KESTER souhaitant protéger WILD. Ils seront donc internés en qualité de prisonniers de guerre.

Depuis mai 45, KESTER devient indicateur auprès des services français et obtient un ordre de mission permanent délivré par le gouverneur du Voralberg, ainsi qu’un port d’arme.

PREIL, Obersturmführer:

Policier dans le civil, il est membre du NSDAP depuis 1934, et fait figure de fanatique. Originaire de Leipzig, il a 28 ans au moment des faits. Il sera chargé du matériel et plus particulièrement de la récupération des véhicules.

WILDE Erich, Hauptscharfüher:

Policier dans le civil, il parle correctement français et sera de ce fait, affecté aux interrogatoires. Est âgé de 40 ans.

FRANTZ (ROSENBAUM):

Secrétaire de WENGER, ancien attaché à la Gestapo de Berlin. Membre du NSDAP depuis 1933. Est âgé de 30 ans.

MUENCHEN:

Ancien policier au Cameroun jusqu’en 1918, puis attaché à la police en Allemagne. Affecté à la Gestapo après avoir adhéré au NSDAP. N’a pas de fonction précise, ne parle pas français.

HALLA Fernand:

Agé de 35 ans, il est policier dans le civil et ne parle pas français.

NIEHAUSE:

Agé de 35 ans, il est propriétaire d’une entreprise de peinture dans le civil. Ne parle pas français.

BARTHE:

Agé de 28 ans, il est policier dans le civile. D’origine bavaroise, il ne parle pas français

SCHNEIDER:

Agent du Kommando

WEGNER:

Renvoyé dès 09/44 en Allemagne, avec punition grave pour maladie contractée en dehors du service.

LOUVRIER René:

Agé de 35 ans, il est originaire de Breslau. A travaillé à Paris pour KESTER à l’Organisation TODT. A tenté de se faire passer pour français mais est allemand. Etait chargé de surveiller les français, membres du Kommando.

IWEN Ursula:

secrétaire d’Erich WENGER.

Les français, membre du Kommando:

PERDON Louis:

Né le 10/02/1909 à Soisson, il est surnommé « Bouboule » ou encore « Petit Louis ». Il est gérant d’un cabaret, « le Jockey Club », boulevard Montparnasse. Racketté par les miliciens de la rue Lauriston, PERDON assassine un de ceux-ci en voulant échapper à un guet-apens. Arrêté par la Gestapo, il est condamné à mort et envoyé à Ecrouves (54). WENGER, le récupère et lui promet la vie sauve, s’il accepte de travailler pour lui. Arrivé à Baccarat, il est désigné comme volontaire pour effectuer des recherches afin d’identifier les maquis.

VAN HOUTTE, dit Bobby:

Ex membre de la LVF, il est arrêté par le Kdo WENGER à Baccarat. Détenu pendant 3 jours, il sera finalement engagé comme agent. Il s’évadera lors du repli du Kdo sur Delle en compagnie de JEANNOT et GRANDJEAN.

RADET Jean:

Agé de 35 ans, il habite Paris. Il est né à Epernay et exerce le métier de conducteur de travaux à St Dizier. Il sort de prison en 1943 et devient alors « inspecteur social »: il s’agit pour lui de rechercher les réfractaires aux convocations allemandes. Il sera membre du PPF et de la LVF. Après avoir été surveillant au bureau des passeports de l’ambassade d’Allemagne à Paris, il est affecté en 08/1944 au commando Wenger avec la fonction de SS Scharfüher. 

 

PRITZILPILSKY Henri:

Arrêté à Paris par les Allemands, puis engagé comme agent du SD auprès de l’ambassade d’Allemagne à Paris. Détaché par la suite au Kdo WENGER. Il sera fusillé par ordre de WENGER, fin octobre 44 à St-Dié.

JIM:

Agent SAS, arrêté par les Allemands à Nancy. A accepté de travailler pour les Allemands avec l’intention de les doubler au profit des alliés. Avait poussé PERDON à accepter les mêmes propositions afin de lui servir d’agent et lui communiquer les renseignements pour les transmettre aux alliés.

JEANNOT (Jean FAURE):

Arrêté à Etival, employé comme chauffeur, après quelques jours de détention. S’est évadé en même temps que Van Houtte et Grandjean de Delle.

GRANDJEAN (LASNIER Jean Roger):

Ex travailleur en Allemagne. Il est âgé de 28 ans. Arrêté à Etival, employée comme chauffeur, après quelques jours de détention. S’est évadé en même temps que Van Houtte et Grandjean de Delle.

CHARLY, dit « l’alsacien »:

Originaire de Mulhouse, il habitait Paris où il possédait une fabrique de savon, dentifrice et de produits de beauté. Il est alors âgé de 38 ans. Il s’occupait du service intérieur, des réquisitions et du ravitaillement.

DEMETZ Geneviève et Yvette:

Agées respectivement de 16 et 15 ans en cette fin aout 44, elles sont orphelines de mère et vivent avec leur père Joseph à la Canegotte dans une relation conflictuelle. Geneviève est bonne à tout faire chez Madame AUBRY jusqu’en juillet 44 et sa sœur Yvette vient de se faire renvoyer de chez l’institutrice de Domptail chez qui elle a dérobé du lard.  Elle se fera embaucher pendant quelques jours à l’hôpital allemand de Baccarat où elle se liera d’amitié avec Edith THIEBAUT. Puis les deux sœurs se rendent  à Nancy, à l’office du travail allemand dans l’espoir vain d’obtenir un travail en Allemagne. On leur proposera une place de cuisinière au fort de Frouard, pour ensuite être  embauchées à Einvaux pendant une quinzaine de jours à décharger des wagons de marchandises. C’est au cours de cette période qu’elles rencontreront une milicienne originaire de Bordeaux, surnommée « la Punaise » et qui donnera à Geneviève l’envie d’intégrer la milice. Mais son jeune âge étant rédhibitoire, les deux sœurs rentreront à Pexonne courant août et arboreront  un calot allemand orné de l’insigne de la milice. Elles auront plaisir à trainer dans les rues de Pexonne ainsi, se faisant passer pour des membres de la milice. Sans doute une façon de se donner de l’importance, et être enfin respectées et craintes.

Dans la nuit du 24 au 25 août 44, le Capitaine RIVIERE demande au lieutenant « JEAN-SERGE » de se rendre à Pexonne pour y arrêter les deux sœurs DEMETZ considérées comme des miliciennes. La présence dans les environs d’un émetteur-radio en relation avec Londres ne doit pas être découverte. C’est finalement Joseph LEONARD de Pexonne qui sera chargé de cette opération et les conduira à »La Pile », base du maquis. « Elles sont arrogantes et crasseuses. Avant tout, Henry tient à leur raser les cheveux, besogne au demeurant peu appétissante qu’il effectuera lui-même, avant que Marc ne les interroge. Ensuite il me donne l’ordre de les garder au camp… je refuse tout net. Si vous n’en avez pas besoin, relâchez les ! RIVIERE intervient, estimant qu’il est impossible de les remettre en liberté en raison des risques énormes qu’elles vont nous faire courir. Alors, fusillez-les! Les membres de l’Etat-Major et ceux qui, depuis quelques jours s’agglutinent à eux, s’indignent: ce sont des gamines tout de même…. Il fallait y penser avant, mais moi, je ne suis pas d’accord pour m’encombrer de ces filles ! Cette fois, c’est Henry qui vient ajouter son grain de sel: nous les remettrons à la justice française dans quelques jours. Comment ça dans quelques jours ? Les premiers éléments de la Division LECLERC sont entrés hier à Paris. Et alors ? Alors, l’occupation tire à sa fin …Finalement, aucune décision ne sera prise quant à la destinée des miliciennes. Les événements qui devaient suivre démontreront que les membres du GMA ont commis là une imprudence lourde de conséquences. » (René RICATTE, alias Jean-Serge, VIOMBOIS)

Libérées fortuitement lors d’une escarmouche autour de la ferme de la Baraque, elles seront recueillies par les services du SD allemand (Kommando WENGER) à l’Hôtel du Pont à Baccarat. Elles renseigneront les allemands sur les membres du maquis qu’elles auront pu identifier au cours de leur quinze jours de détention, tout en faisant fonction de cuisinières sous le contrôle de Charly, l’alsacien.

Geneviève DEMETZ ne retournera à Pexonne que le 16/09 et jouera incontestablement un rôle d’indicateur dans le massacre de la ferme de la Fosse où seront fusillés Mme JACQUOT et son fils Lucien, pour avoir hébergé trois parachutistes anglais. Aux côtés des allemands, elle n’hésitera pas à proférer des menaces à l’encontre de pexonnois, dont elle a croisé les fils au maquis.

Les deux sœurs suivront le Kommando WENGER à Raon l’Etape. Elles y croiseront Madame de VITRY, arrêtée le 21 septembre, pour avoir loué une maison à la femme du Capitaine MARC, responsable opérationnel du maquis. Elles lui proposeront même une soupe, sans doute en souvenir des jouets que Madame de VITRY leur procurait quand elles étaient petites.

On retrouve leurs traces le 25/11/44 dans un camp de réfugiés en Allemagne, près de Kassel, sous le contrôle de la Croix Rouge. Puis, leur frère René, confiera en décembre 44 à Marcel SERRAYET, son compagnon pexonnois de régiment (26 RI), que ses sœurs sont infirmières dans l’armée de LECLERC à Strasbourg. Ce sera là le point de départ de l’enquête des gendarmes de Badonviller, chargés de les rechercher; le mandat d’arrêt sera signé le 16/04/1945.

C’est en donnant des nouvelles à leur père, depuis l’hôpital général de Valenciennes, qu’elles seront localisées puis arrêtées le 1/07/1945. Elles seront alors internées à la prison Charles III de Nancy et réussiront à s’en échapper  le 10/09/45. Rattrapées, elles seront jugées coupables d’intelligence avec l’ennemi ayant porté atteinte à la sécurité extérieure de l’Etat le 3/05/1946.

Geneviève sera condamnée aux travaux forcés à perpétuité et Yvette à 20 ans. Toutes deux seront condamnées à la dégradation nationale à vie. Yvette purgera une partie de sa peine à l’Institution Publique d’Education Surveillée de Cadillac en Gironde, qui fermera ses portes en octobre 1951.

JANVIER Hélène:

BESANÇON Raymonde:

 

Portraits des 112

Pexonne

Pexonne, Eglise St-Pierre aux Liens
Photo: Martine MANGEOLLE

 

ANDRE Emile:

Né le 10/05/1906 à Baccarat, il est âgé de 38 ans le jour de la rafle. Il est paysan et tient la ferme BAË. Au camp de Natzweiler, il portera le matricule 26.815. Il décède  à Melk le 12/02/1945 sous le matricule 97528.

ANZENBERGER Raymond:

Né le 9/07/1924 à St Clément, Raymond était le coiffeur de Pexonne, installé route de Neufmaison.  Son père, Jean ANZENGERGER, dit « La Toile », était vendeur ambulant d’habits et de tissus. Sa mère sera tuée la veille de la libération de Pexonne par l’explosion d’un obus devant la boulangerie VOUAUX.  Au camp de Natzweiler, il portera le matricule 26.816. Il décédera le 29/04/1945 sous le matricule 97542 au camp de Gusen.

AUBRY Gaston:

Pexonne

Né le 16/10/1913 à Fontenoy la Joute. Maréchal-ferrand il est âgé de  30 ans le jour de la rafle. Au camp de Natzweiler, il portera le matricule 26.814. Il décède à Linz le 15/04/1945 sous le matricule 97560.

BELIN Georges:

Pexonne

Né le 3/10/1902 à Pexonne, marié avec Jeanne CUNY  à Celles sur Plaine en 1929, il est père de deux enfants: Geneviève née le 4/01/1932 et Pierre né le 22/04/1937.

Ils habitent Celles sur Paine, village natal de Jeanne, depuis  leur mariage. Georges décide en novembre 1943 de revenir à Pexonne, avec sa famille pour « retaper » la maison de ses parents endommagée à la suite de la drôle de guerre. Il est alors mécanicien à la faïencerie de Pexonne. En juin 44 a lieu la communion solennelle de Geneviève, dernière grande fête familiale. On se félicite en famille du débarquement des alliés en Normandie. Georges  est entré dans la résistance. Il est agent de liaison et transmet les messages entre  le pharmacien de Celles sur Plaine, chargé du ravitaillement du maquis, et l’institutrice d’Ancerviller.  Il a simplement dit à ses proches de l’avertir si les allemands arrivaient: il s’est préparé une cache au cimetière de Pexonne, au bout de son jardin, dans le caveau de la famille Perrin, sans descendant.

Il fera partie des 79 raflés déportés. Après Baccarat, il passera successivement par le Struthof (matricule 26.819), Dachau (matricule 100.376), Mauthausen puis Gusen, matricule 97636. Il décédera le 16 avril 45, malade de la dysenterie d’après le témoignage de Pierre LALLEMAND.

En 1947, Jeanne recevra du ministère des anciens combattants, une petite boîte en bois, contenant son alliance, son portefeuille avec sa carte d’identité, sa carte d’ouvrier de la faïencerie, une carte de rationnement de tabac et un petit carnet publicitaire « Suze »dans lequel figure les mesures de la maison à retaper et des estimations de prix de matières premières.

Il laissera deux orphelins, une épouse sans ressource. C’est sa belle-sœur Louise CUNY, ouvrière chez Cartier-Bresson à Celles qui viendra en aide  à la petite famille.

BENAD Noël:

Né le 2/05/1924 à Pexonne. Au camp de Natzweiler, il portera le matricule 26.823. Décédé à Melk le 31/01/1945, matricule 97641

BERNARDIN Pierre:

Né le 16/03/1925 à Xermaménil, habitait rue de la Gare, après le passage à niveau.  Au camp de Natzweiler, il portera le matricule 26.822. Célibataire, il sera libéré le 22/04/1945 à Sachsenhausen sous le matricule 97661.

BERTHIER Marceau:

Né le 27/12/1919 à Pexonne, il habitait à la Rochotte. Au camp de Natzweiler, il portera le matricule 26.821. Décédé le 23/01/1945 à Melk, matricule 97668

BERTRAND Raymond:

Né le 29/12/1911 à Pexonne. Au camp de Natzweiler, il portera le matricule 26.820. Décédé, à l’âge de 33 ans le 27/01/1945 à Melk, sous le matricule 97672. Raymond était le quincailler de Pexonne et  habitait 2, rue de la Cannegote.

BESOIN Louis:

Pexonne

Né le 12/12/1884 à Dignonville (88). Il est ordonné prêtre le 8/08/1935 et nommé à Pexonne dès le 15/08/1935. Au camp de Natzweiler, il portera le matricule 26.818. Libéré le 29/04/1945 à Dachau, il est élu au conseil municipal, lors des élections du 20/05/1945 et fera partie du « comité du Monument du 27 août » constitué le 18/07/1946.  Muté à Deneuvre en 1955, il y décédé en 1958.

Pexonne 

BURST Auguste/Raymond:

Né le 28/11/1919 à Dolving (57). A été arrêté ce 27 août chez ses parents à Montigny (54), pour faits de résistance: il est impliqué dans le sabotage de la station radar de Montigny. Il sera conduit à Pexonne le jour même par 1 officier et 10 soldats allemands. Au camp de Natzweiler, il portera le matricule 26.817. Décédé le 14/11/1944 à Melk, sous le matricule 97781. Son nom ne figure pas sur le monument aux morts en déportation à Pexonne.

CAQUELIN Alphonse:

Né le 17/06/1923 à Pexonne et habitait 9, rue de la Canegotte. Il décédera le 25/02/1945 à Melk.

CHAILLY Georges:

Né le 20/05/1927 à Remoncourt (88). Il était le fils du postier et habitait rue de Fenneviller, face au chemin du cimetière. De Dachau, il sera dirigé vers Neuengame et portera le matricule 61 190.  Il décédera le 3/05/1945, à l’âge de 17 ans, dans la baie de Lübeck-Neustadt alors qu’il était à bord du bateau Cap Arcona, coulé par l’aviation anglaise, qui ignorait que ces bateaux en fuite abritaient 7 500 déportés.

La tragédie du « Cap Arcona », du « Thielbek », de l’« Athen » et du « Deutschland », par Alain Vancauwenberghe:

« Le Reichsführer SS Heinrich Himmler avait émis un décret secret à destination de tous les commandants de camp de concentration indiquant qu’une reddition était inacceptable, que les camps de concentration devaient être immédiatement évacués et qu’aucun déporté ne devait tomber vivant entre les mains de l’ennemi. Himmler projetait que tous les déportés devaient être tués. Au camp de concentration de Neuengamme, l’ordre fut reçu par le SS-Obersturmführer Karl Totzauer, adjudant-major du commandant Max Pauly. Les SS menèrent les prisonniers, parfois au hasard, vers le nord, à pied ou en train, sans nourriture ou sans boisson.

Pendant que les Marches de la Mort avançaient vers le nord, le chef du district de Hambourg Karl Kaufmann cherchait des bateaux dans lesquels mettre les déportés pour prendre la mer. Les quelques bateaux restants, y compris des ferry-boat et des péniches, furent déployés à l’Est, sauvant des civils et des troupes allemandes qui reculaient devant la progression de l’armée soviétique.

Comme Commissaire à la Défense de l’Allemagne du Nord et Commissaire du Reich à la Marine Marchande, il avait le droit de disposer de toute embarcation civile. Etant informé au sujet du « Cap Arcona », il ordonna aux transports de déportés du camp de concentration de Neuengamme et de ses camps extérieurs, d’être dirigés vers Lübeck et d’embarquer les déportés. 11 000 prisonniers de guerre arrivèrent sur les quais du port de Lübeck. La ville avait souffert de graves dommages dus aux bombes. Les premiers déportés du camp de Neuengamme arrivèrent en wagons à bestiaux dans le port de Lübeck, le 19 avril 1945. Entre le 19 et le 26 avril, de nouveaux transports arrivèrent. Presque la moitié des déportés ne survécut pas à ces Marches de la Mort.

Le 17 avril 1945, le « Thielbek » fut informé qu’il devait se préparer pour une opération spéciale. Le 18 avril, des SS vinrent à bord, le capitaine du « Thielbek », John Jacobsen, et le capitaine du « Cap Arcona », Bertram, furent appelés à une conférence. Le capitaine Jacobsen retourna informer son équipage qu’on leur donnait l’ordre d’embarquer des déportés et que, lui et le capitaine Bertram, avaient refusé. Le jour suivant, Jacobsen revint défait, ayant perdu le commandement de son propre navire. Peu de temps après, le premier train arriva. Des toilettes temporaires furent installées sur le pont du « Thielbek » et l’embarquement commença le 20 avril. La Croix Rouge suédoise était présente et tous les déportés, sauf les prisonniers russes, reçurent un colis de nourriture qui, en association avec la sous-alimentation et la soif, causèrent de terribles douleurs. L’eau provenant de la citerne du navire était totalement insuffisante. Vingt à trente déportés mourraient chaque jour et étaient enlevés par camion. Tous les déportés, à l’exception des déportés politiques, restèrent un ou deux jours à bord, avant d’être transférés sur le « Cap Arcona » via l’« Athen ». Le nombre de SS fut graduellement réduit et remplacé par des membres de l’armée territoriale, âgés de 55 à 60 ans, et de l’infanterie de marine. Il y avait de la paille sur le pont alors que, dans les cales, il n’y avait aucun couchage. Sur ce pont, il y avait aussi de grands stocks de provisions sous une bâche de protection mais la distribution était désorganisée. Les déportés malades et les prisonniers soviétiques en obtinrent très peu. Les latrines étaient insuffisantes. Des seaux furent descendus dans les cales et remontés quand ils étaient pleins. La puanteur était terrible. Le nombre de dysenteries augmentait toujours plus.

Le 20 avril 1945 au matin, le SS-Sturmbannführer Christoph-Heinz Gehrig, à la tête de l’administration du camp de concentration de Neuengamme, fut envoyé à Lübeck par le Commandant Max Pauly. Gehrig devait escorter les déportés vers leur mort à bord du « Cap Arcona ». Il ordonna au capitaine de l’« Athen », Nobmann, de prendre 2 300 déportés et 280 gardes SS à bord et de les transporter vers le « Cap Arcona ». Le capitaine Nobmann initialement refusa mais obéit quand il fut menacé d’être fusillé à la suite d’un procès devant une cour prévôtal. Les SS et les Kapos amenèrent les déportés à bord, sous les hurlements et sous les coups. Ils devaient descendre, à l’aide d’échelles de corde, dans les profondeurs des cales du navire. Dans la hâte, beaucoup de déportés tombaient et étaient sérieusement blessés. Il était difficile de se faire une place, de se déplacer dans les cales sombres, froides et humides. Il n’y avait ni toilettes ni eau. Quelques heures après, le cargo, chargé à ras bord, quitta le port pour le « Cap Arcona » ancré au large de Neustadt. Le capitaine Bertram refusa d’embarquer les déportés, même après que les SS soient venus à bord. L’« Athen » resta au large de Neustadt, toute la nuit, et retourna à Lübeck le matin suivant, le 21 avril, les déportés n’ayant rien à manger ni à boire.

Le SS-Sturmbannführer Gehrig informa le commandant de camp Pauly, du refus du capitaine Bertram de prendre des déportés à bord puis Pauly informa le Général SS, Chef de la Gestapo de Hambourg, le Comte Bassewitz-Behr qui le rapporta au Gauleiter Kaufmann. Le soir du 21 avril, Kaufmann envoya son conseiller personnel, le SS-Hauptsturmführer Horn, à John Egbert, président du conseil d’administration de la compagnie maritime « Hamburg-Süd », pour l’informer que le capitaine Bertram devait obéir à l’ordre SS d’embarquer des prisonniers de guerre, sinon il serait tué. Egbert téléphona à Bertram qui, à son tour, appela l’amiral Engelhardt qui avait la direction du transport naval de la Kriegsmarine. Il était clair pour tous que le « Cap Arcona » devait être coulé avec les prisonniers à bord. Engelhardt envoya le capitaine Rössing à Kaufmann pour se plaindre, et élever une protestation formelle de la Kriegsmarine contre la confiscation du « Cap Arcona ». Mais il fut le seul à aller aussi loin contre le SS-Hauptsturmführer Horn qui ordonna au Lieutenant-Commandant Lewinski et au SS-sturmbannführer Gehrig de confisquer le paquebot manu militari. Dans l’intervalle, cinq jours étaient passés et, le 26 avril, Lewinski et Gehrig se rencontrèrent à Lübeck et voyagèrent ensemble vers Neustadt d’où ils furent transportés vers le « Cap Arcona » à l’aide d’un canot automobile de la base-école des Sous-mariniers, escortés par un commando SS armé. Le capitaine Bertram essaya, sans succès, de négocier avec Lewinski et Gehrig. Ils lui proposèrent l’ultimatum suivant : soit donner immédiatement la permission à l’« Athen » de s’amarrer bord à bord et transférer ses prisonniers dans le « Cap Arcona », soit être fusillé sans procès devant une cour martiale. Bertram capitula. Avant que l’« Athen » s’amarre à son côté, une seconde fois, une chaloupe apporta des SS qui, sous le commandement du SS-Untersturmführer Kirstein, enlevèrent toutes les ceintures et tous les gilets de sauvetage, ainsi que tous les bancs et banquettes qui pouvaient être utilisés comme radeaux et les enfermèrent à clé dans la salle des entrepôts.

Pendant trois jours, l’« Athen » fit la navette entre le port de Lübeck et le « Cap Arcona ». Finalement, 6 500 déportés et 600 gardes SS étaient à bord. Il y avait à peine de quoi manger et boire, et des prisonniers continuaient de mourir. Chaque jour, une chaloupe apportait de l’eau potable et retournait à Neustadt avec les morts. Les prisonniers russes reçurent le plus mauvais traitement, étant enfermés à clé dans la cale la plus basse, sans air, sans lumière et sans nourriture. Le nombre de morts augmentait toujours plus. L’« Athen » effectua son dernier trajet vers le « Cap Arcona » le 30 avril mais, cette fois, pour enlever des prisonniers du « Cap Arcona » qui était si surpeuplé que, même les SS, ne pouvaient endurer plus longtemps les déportés faméliques, la puanteur et les morts qui s’entassaient.

Les déportés avaient appris, le 1er mai 1945, qu’Hitler s’était suicidé, que la majeure partie de Berlin était occupée par les troupes russes et que la guerre était pratiquement finie.

Le 3 mai au matin, des avions anglais effectuèrent une reconnaissance en survolant la baie de Lübeck et observèrent le « Cap Arcona ». Les déportés faisaient des signes de la main, croyant qu’ils étaient sauvés. Pour éviter les tirs des canons des batteries anti-aériennes des bateaux, les avions volèrent alors à 10 000 pieds. De plus, le plafond nuageux était si bas qu’on ne distinguait pas les prisonniers. A 12 h. 30, on ordonna à l’« Athen » de retourner à Neustadt pour embarquer les déportés du camp de Stutthof survivants du massacre des barges. Le capitaine Nobmann refusa. Ce qui sauva 1 998 déportés de la mort, l’« Athen » restant dans le port quand l’attaque débutait. A 14 h. 30, le capitaine Rumbold revint avec son escadrille. La visibilité s’était améliorée. Ils attaquèrent selon l’ordre d’opération n° 73 du 3 mai 1945 indiquant : « Destruction de la concentration de la flotte ennemie dans la baie de Lübeck à l’ouest de l’île de Poël et vers le nord à la limite de la zone de sécurité ». L’escadrille 263 basée à Ahlhorn, sous le commandement du capitaine Martin Rumbold, avec comme pilotes Mark Hamilton, Ronnie Proctor, Dave Morgan, Eric Coles, Mike Luck, Larry Saunders et J.A. Smith, attaqua le « Cap Arcona » à 14 h. 30, le 3 mai 1945. Chacun des huit « Typhoons » avait huit roquettes incendiaires qui furent tirées par salve. La totalité des soixante-quatre roquettes atteignirent leur cible. L’escadrille 197 basée à Celle, sous l e commandement du Lieutenant J. Harding, attaqua alors. Les huit « Typhoons » avait, chacun, deux bombes de 500 livres. Quinze des seize bombes atteignirent leur but. Le paquebot s’embrasa.

Le « Cap Arcona » était en feu. L’équipement de sauvetage, en cas d’inondation ou d’incendie, était aux standards les plus élevés mais commandé à partir du pont. Le capitaine Bertram quitta ce pont, se frayant un chemin avec une machette à travers la masse de prisonniers, pour abandonner son navire. Les SS maintenaient les prisonniers au-dessous de l’entrepont du navire incendié et rempli de fumée, et les menaçaient avec le tir de leurs mitrailleuses. Parmi ceux-là, presque tous les prisonniers y furent tués. Beaucoup de canots de sauvetage étaient percés et, de toute façon, les prisonniers ne savaient pas comment les descendre. Un seul canot de sauvetage fut mis à la mer. Dans une panique indescriptible, les déportés qui ne furent pas tués durant l’attaque ni brûlés ni noyés dans leur prison renversée, se ruèrent sur le pont, se jetèrent à l’eau, tentèrent de s’accrocher à une planche flottante ou aux canots allemands de la base-école des Sous-mariniers, mais la plupart se noyèrent. Quelques prisonniers furent récupérés dans un canot en dépit de l’ordre donné par le commandant de garnison de Neustadt, le capitaine de frégate Heinrich Schmidt et de son quartier général de la base-école des Sous-mariniers, de ne pas secourir de prisonniers. Les autres déportés nageant dans la Mer Baltique glaciale furent mitraillés par les canons de 20 mm des chasseurs-bombardiers « Typhoons » qui, volant au ras des flots, revinrent à plusieurs reprises. Sur la plage, ils subirent le tir des mitrailleuses des Verdammten SS. En atteignant Neustadt, les derniers rescapés prièrent les troupes britanniques d’envoyer d’urgence des canots de sauvetage. Des 4 500 déportés de camps de concentration à bord, 350 survécurent. Des 600 gardes, SS et infanterie de marine, des 24 femmes SS et des 70 membres d’équipage, approximativement 490 furent sauvés dont, parmi eux, le capitaine Bertram et son officier en second Dommenget.

Le lendemain, les troupes anglaises pénétrèrent dans le camp de Neuengamme complètement vide et Montgomery reçut la reddition des troupes de l’Allemagne du Nord. Quatre jours plus tard, la guerre prit fin en Europe.

Aucune acceptation de responsabilité ni d’honorer les morts.Aucun gouvernement britannique n’a jamais fait référence à la mort des 7 500 prisonniers de guerre de la baie de Lübeck. Il n’y a jamais eu de couronne déposée ni aucun discours prononcé en leur mémoire. Des fosses communes furent creusées le long de la plage entre Neustadt et Pelzerhaken. Des survivants firent construire un cénotaphe en pierre sur lequel est écrit en grandes lettres noires :A la mémoire éternelle des prisonniers du camp de concentration de Neuengamme. Ils périrent avec le naufrage du Cap Arcona le 3 mai 1945.Le 6 mai 1945, un déporté norvégien avait indiqué l’endroit du drame à des soldats britanniques qui, sous le commandement du capitaine Pratt, tirèrent une salve au-dessus des tombes.Pendant des années, la Mer Baltique rejeta des cadavres et des morceaux de squelette dont les derniers jusque dans les années 70.Aujourd’hui, il y un mémorial pour ceux qui furent tués sur le « Cap Arcona » dans le cimetière de Grömitz et un musée à Neustadt en Holstein depuis 1990.

Dans le procès dit « procès du Curio-Haus », Max Pauly, le commandant du camp de Neuengamme, le chef de camp Thumann ainsi que le docteur SS Alfred Trzebinski, furent jugés, convaincus de crimes de guerre et pendus dans le pénitencier d’Hameln. De nombreux officiers SS du commandement du camp de Neuengamme furent jugés de 1945 à 1948 par des tribunaux militaires anglais. Mais aucun des nombreux autres allemands, coupable des meurtres des déportés à bord du « Cap Arcona » et du « Thielbek », n’a été jugé ni par une cour britannique ni par une cour allemande. Ceux qui furent responsables du meurtre des 400 déportés du camp de concentration de Stutthof n’ont jamais été dans un tribunal pour être jugés.

Epilogue. Le « Cap Arcona » resta échoué dans la baie de Lübeck jusqu’en 1950 puis fut démonté par des plongeurs pendant une période de plusieurs années pour être réduit en ferraille. Sur cette jetée de Neustadt, l’épave fut étudiée et photographiée en détail pour Rolls-Royce qui avait fabriqué les roquettes, afin d’évaluer leur efficacité.

Réunion commémorative. Une commémoration des bombardements du « Cap Arcona », du « Thielbek » et du « Deutschland » eut lieu à Neustadt, le 3 mai 1995, cinquante ans après l’événement. Parmi les survivants, L.H. Intres (Bert Intres) qui survécut au bombardement et au naufrage du « Cap Arcona » en sortant par un hublot. Il se maintint sur le côté du paquebot jusqu’à ce qu’il chavire, puis resta sur la quille d’où les Britanniques le sauvèrent, comme 314 déportés et 2 membres d’équipage. »

CHANAL René:

Né le 23/03/1914 à Vexaincourt (88). Il habitait Lunéville et s’est fait rafler alors qu’il venait passer le dimanche avec sa femme et ses enfants en vacances à Pexonne, chez sa belle-mère. Au camp de Natzweiler, il portera le matricule 26.824. Après Dachau, et Neuengamme, il sera dirigé sur le Kommando de Sandbostel. Courant avril 45, exténué, il refusera de suivre son compagnon d’infortune depuis le 27 août 44, Georges CHAILLY, dans la fuite vers le Nord. Il préfère alors courir le risque d’être fusillé par les nazis. Mais ignoré par ses geôliers, il sera finalement libéré le 2/05/1945 par les troupes britanniques.

CHAUDRON Charles:

Pexonne

Né le 15/11/1923 à Pexonne (54). Célibataire, Charles est cultivateur à la ferme de la Rochotte, qu’il exploite avec sa mère et sa sœur Colette. Après le Struthof, il est évacué le 2/09/44 vers DACHAU puis MAUTHAUSEN et enfin MELK, où il décède le 8/01/1945.

CRAUSAZ Armand:

Né le 31/03/1927 à Manonviller (54), il est en vacances à Pexonne chez sa tante, Yvette NAGY, qui lui propose de venir se « changer les idées » quelques jours après l’enterrement de son frère. Aligné sur la place avec les autres hommes, il défie du regard le soldat qui trie de manière arbitraire ceux qui vont monter dans les camions. Armand va donc partager le destin des hommes de Pexonne jusqu’à BACCARAT, où il sera relâché parce que considéré comme étant trop jeune. Mais il sera victime d’une deuxième rafle à Pexonne, le 7 novembre 44, pour aller travailler en Allemagne. Il sera dirigé sur Heidelberg et travaillera à couler des tourelles en béton sur des wagons plateau. En 1945, les allemands ouvriront la porte du camp et laisserons partir ces déportés: ceux qui traverseront la forêt seront fauchés par une mitrailleuse… qui les attendait. Armand avait préférer suivre la voie ferrée; il sera rescapé.

COLIN Simon:

Né le 25/03/1926 à Baccarat (54) où il habitait, Cité des Bingottes (n°8).  Décédé à Mauthausen le 20/04/1945.

DA SILVA René:

Pexonne

Né le 19/09/1924 à Neuviller les Bains (54). Frère de Raymond da Silva, qui échappe à la rafle parce que déjà parti au maquis, Manuel n’a pas eu le courage de se lever à 4h00 du matin ce 27 aout 45, pour accompagner son frère. Il décédera à Ebensee, le 26/03/1945.

DE HENNEQUIN DE WILLERMONT Georges:

Né à Bourges le 19/06/1893, il épouse Simone Marie de Vitry d’Avaucourt, qui lui donnera trois enfants: Jacques, né le 26/02/1924, Alain, né le 15/10/1923 et Hubert né le 7/12/1927. Mutilé de Verdun, il restera un an à l’hôpital durant l’année 1916.  Maire de Pexonne, il sera fusillé en forêt de Grammont le 1/09/1944, pour avoir laissé se développer un foyer de résistance dans son usine.  Il était chevalier de la Légion d’Honneur et titulaire de la Croix de guerre.

DE HENNEQUIN de WILLERMONT Hubert:

Né le 7/12/1927 à Pexonne. Il a 16 ans quand il se fait arrêter ce 27 aout. Lycéen, il vient de terminer sa classe de Première au lycée de La Malgrange à Jarville et aspire à devenir prêtre. Le bras cassé pendant sa déportation à EBENSEE lui permis de survivre jusqu’au 4/05/1945, jour de son décès sous le matricule 99399.

DE VITRY D’AVAUCOURT Gontran:

Pexonne

Né le 5/06/1893 à Cambrai (59) il est le directeur de la faïencerie. Ingénieur des Arts et Manufactures (Centrale Paris) promotion 1921 A. Après le STRUTHOF, il est interné à DACHAU. Blessé aux pieds et aux jambes lors de l’évacuation du Struthof vers Rothau, il sera aussitôt admis à l’infirmerie de Dachau. A sa sortie, fin septembre,  il ne retrouve que 6 pexonnois: l’abbé BESOIN, Paul DUMOUTIER, Eugène LEGAL, Camille STRICHER, Aloïse TRAXEL et André THIAVILLE. Son fils, son neveu et les autres ont été pour la plupart dirigés vers Mauthausen. Malgré tout il sera vite le centre d’un groupe de résistant, faisant avec l’abbé BESOIN et quelques ouvriers des projets pour Pexonne et son usine. Souffrant d’un œdème aux jambes, puis atteint de dysenterie et du typhus il décédera le 9/02/1945

DE VITRY D’AVAUCOURT Guy:

Pexonne

Né le 16/04/1925 à Pexonne (54).  Il a 19 ans le jour de la rafle et venait d’avoir son bac option Mathelem au collège des carmes d’Avon près de Fontainebleau. Afin d’échapper aux rafles qui se multiplient dans les établissements scolaires, il revient à Pexonne pour préparer Centrale par correspondance. Une fois par semaine, il se rend à St Dié à vélo, prendre des cours de maths. Il se destinait à reprendre la direction de l’usine FENAL et succéder à son père. Déporté avec son père, ils seront  séparés  à DACHAU, et sera  dirigé vers MATHAUSEN, puis EBENSEE où il décédera le 2/01/1945 sous le matricule 99354.

DIEUDONNE Georges:

Né le 29/03/1901 à Neufmaisson (88). Il décédera à Melk, le 4/01/1945

DUMOUTIER Roger:

Raflé le 27 aout, il sera interrogé à Baccarat à l’Hôtel du Pont, siège du Kommando Wenger, pour avoir possédé un révolver trouvé sous son oreiller. Il sera fusillé dans la forêt de Grammont le   1 septembre 44.

DUMOUTIER Paul:

Né le 20/04/1898 à Mirecourt (88). Il décédera à Dachau.

EDELBLOUDE Jean:

Pexonne

Né le 18/07/1906 à Pexonne, 4ème enfant d’une famille qui compte déjà 2 filles et 1 fils.

Son père, à sa naissance, est le maire du village, comme une centaine d’hommes et de femmes il travaille à la  tuilerie-faïencerie appartenant à Fenal Frères. Magasinier, il jouit de la confiance de ses patrons : Messieurs DE VITRY et DE VILLERMONT.

Jean, après l’école primaire, intègre l’école professionnelle de la rue des Jardiniers à Nancy. Entre 1920 et 1925 le travail est rare, finalement  Jean EDELBLOUDE trouve à la saline de Dieuze (Moselle), un emploi de dessinateur et prépare, tout en travaillant, un concours  administratif, qu’il réussit. Il commence sa carrière au bureau des Contributions Indirectes de la ville. Il y rencontre une  jeune institutrice. Ils s’aiment, se marient; nous sommes en 1936. Tous deux apprécient d’exercer leur activité dans la même commune.

Hélas, le bonheur ne dure pas, l’horizon s’assombrit. Septembre 1939, la guerre est déclarée.

Jean est mobilisé comme sous-officier dans un régiment sur la frontière Nord-est, défendue par la Ligne Maginot, que l’on dit infranchissable…

Pour lui, démobilisé, quand son régiment est à Moissac, il est impossible de revenir à Dieuze, annexée au Grand Reich. Ce n’est qu’au 1er novembre, après de nombreuses démarches, tracasseries, astuces et beaucoup de chance, qu’il réussit à rejoindre Pexonne.

Son épouse et son fils aîné (né le 12 juillet 1940 et qu’il n’a pas encore vu) l’y attendent, installés dans la maison de la mère de Jean. Sa femme aurait pu continuer à occuper son poste d’enseignante à Dieuze si elle avait accepté, comme le lui proposait les Allemands, de divorcer et d’adopter la langue allemande en cours et dans la vie quotidienne.

Madame Edelbloude, institutrice à Pexonne, remplace une collègue israélite limogée.

Jean, lui, trouve un poste aux Contributions Indirectes à Blâmont. Malgré les hivers rigoureux, il fait, chaque jour, les 15 kilomètres qui séparent les deux communes.

Le 27 aout 1944, Jean Edelbloude n’échappera pas à son destin et sera raflé.

Commence alors un  long calvaire, de camp de concentration en camp de concentration, d’abord le STRUTHOF (près de Schirmeck), puis DACHAU, BUCHENWALD, MAUTHAUSEN, et MELK. 

C’est le 9 février 1945 que le four crématoire va réduire en cendres le corps meurtri de Jean Edelbloude. Ce corps, qui pendant six longs mois a subi l’indicible, privations, sévices de toutes sortes, la faim, les coups, le manque de sommeil.

Les  registres, fort bien tenus par les autorités de Mauthausen-Melk, nous permettent de situer exactement la fin du calvaire de Jean Edelbloude.

 Le 11 novembre 1945, Monsieur LIARD, maire de Dieuze a remis au jeune Jean-Marc EDELBLOUDE, âgé de 5 ans, la médaille de guerre avec palmes, à titre posthume. Celui-ci tenait par la main son jeune frère Pierre, né le 31 mars 1942 à Pexonne. Cette cérémonie s’est déroulée devant le monument aux morts de Dieuze.

FABIAN Gustave:

Né le 7/11/1906 à Francikovo (CZ), il décèdera à Melk, le 14/03/1945, laissant une épouse mère d’un enfant de quelques mois.

GEGOUX Raymond:

Né le 25/05/1906 à Pexonne. Il sera libéré à Ebensee le 6/05/1945.

GEORGE Maurice:

Né le 22/08/1922 à Pexonne. Il sera libéré à Ebensee le 6/05/1945

GEORGET Paul:

Né le 21/02/1925 à Pexonne, il décédera le 16/01/1945 à l’âge de 20 ans.

GERARD André:

Né le 15/08/1921 dans les Vosges, Les Voivres. Marin en permission, il est libérable, lorsqu’il est raflé. Il décédera à Melk le 3/12/1944, à l’âge de 22 ans.

GIANELLI Jean:

Né le 6/02/1914 à Anchenoncourt (70), il décédera le 18/11/1944 à Melk, à l’âge de 26 ans.

GIOVENI Pierre:

Né le 7/09/1910 à St Barthélémy (?), il sera libéré à Ottobrun, kommando de Dachau en 05/1945.

GUILLAUME Adrien:

Né le 28/04/1918 à Merviller (54), il décédera le 22/12/1944 à Melk, à l’âge de 26 ans.

HENRIONNET Pierre:

Pexonne

Né le 12/02/1924 à Mayence (D), Pierre est le beau-frère d’Armand PERRIN. Enfant de troupe à Essey les Nancy, il est venu  pour gouter à la quiétude de la campagne lorraine, il sera raflé pendant la petite-messe de 7h00. Après le Struthof, Dachau et Mauthausen, il décédera le 9/02/45 à Melk deux mois après son beau-frère.

KARL Pierre:

Né le 7/02/1921 à Görlingen (67), il décédera à Melk le 5/05/1945 à l’âge de 34 ans.

KNIPILLER André:

Né le 3/09/1913 à Ogéviller (54), il se marie avec Elisabeth SAMOCK. De cette union nait Bernard, le 17/02/1943.  André travaille à la tuilerie FENAL lorsqu’il sera raflé le 27 aout. Son fils a 18 mois et n’aura aucun souvenir de son père. Embarqué avec son beau-frère, François SAMOCK, ils seront séparés à Mauthausen, ce dernier étant dirigé vers Ebensee. André décédera le 16/01/1945 à Melk, à l’âge de 31 ans, à la suite d’un accident avec un wagonnet; sa jambe aurait été écrasée, et la gangrène l’a emporté en l’absence de soins.

LALLEMAND Pierre:

Pexonne

Né le 21/11/1918 à Domptail (88). Libéré à Melk le 05/05/1945. Il ne retrouvera son village de Pexonne qu’en août 45. C’est la seconde fois que Pierre est rattrapé par l’Histoire: il a déjà été raflé à l’usine en 1942 pour aller travailler durant 13 mois, dans le cadre du STO à Willemshaffen, d’où il s’échappera.  Il se mariera avec Suzanne GEORGE, sœur de Maurice, également rescapé d’Ebensee. Ils auront trois enfants: Michèle, Jean-Marc et Martine. Licencié de la tuilerie FENAL, à la fin des années 70, il s’épanouira à l’ONF en qualité de garde forestier jusqu’à la retraite.

LARGHI Louis:

Né le 13/07/1927 à Bertrichamps (54). Il décédera le 9/12/1944 à Melk à l’âge de 17 ans.

LE GAL Eugène:

Né le 20/08/1908 à Languidic (56), il décédera à Dachau sans que l’on connaisse la date exacte.

LEFORT Julien:

Né le 22/01/1923 à Imling (57), il décédera à Melk le 31/01/1945 à l’âge de 22 ans.

LEFORT Rodolphe:

Né le 22/01/1912 à Moyenvic (57), il décédera à Melk le 12/11/1944 à l’âge de 32 ans. Il est le premier à décéder parmi les 79 déportés de Pexonne.

LEONARD René:

Né le 14/05/1927 à Provenchères (88), il décédera à Melk le 7/04/1945 à l’âge de 18 ans.

LHUILLIER René:

Né le 20/04/1925 à Pexonne, il décédera à Melk le 23/12/1944 à l’âge de 18 ans.

LHUILLIER René:

Né le 22/08/1899 à Pexonne. Il décédera à Melk le 22/11/1944 à l’âge de 45 ans.

MAIRE Gilbert:

Né le 16/10/1926 à St Dizier (52), il sera libéré le 5/05/1945 à Melk.

MALMANCHE Pierre:

Pexonne

Né le 17 décembre 1923 à Nancy, Pierre  est garde de communication lorsqu’il épouse Madeleine FICHT le 20 mai 1944 née à Pexonne.  Prisonnier des allemands, il s’évade à Soissons et se réfugie à Pexonne dans sa belle-famille. Il s’engage dans la résistance avec René CLAUDE. Le 27 aout 44, il reporte au lendemain son projet de rejoindre le maquis. Le dernier regard qu’il jettera depuis le camion, sera pour Madeleine, enceinte de 3 mois de Nelly.

MANGIN Jean:

Né le 15/12/1906 à St Barbe (54), il décédera à Melk le 10/12/1944 à l’âge de 38 ans.

MARGO André:

Né le 2/12/1921 à Pexonne (54), il décédera à Melk le 5/04/1945 à l’âge de 24 ans

MARTIN René:

Né le 4/03/1921 à Badonviller (54), il décédera à Melk le 10/03/1945 à l’âge de 24 ans

MERCY Paul:

Né le 26/03/1907 à Lunéville(54), il décédera à Melk.

MIOT René:

Né le 23/10/1908 à Pexonne(54), il décédera à Melk le 5/12/1944 à l’âge de 36 ans.

NAGY Charles:

Né en 1930, il est le petit frère de Ladislas. Ayant déjà l’apparence d’un homme, il sera « embarqué » avec les autres. Mais aux vues de ses papiers il sera libéré à Baccarat, à peine arrivé, comme Armand CRAUSAZ.

NAGY Ladislas:

Pexonne

Né le 20/10/1920 à Fertos-Alma (CZ), Ladislas a été naturalisé français le 14/07/1933 à l’âge de 13 ans. Il épouse Yvette ROBIN, originaire  de Manonviller (54), le 3/02/1940. De cette union naissent cinq enfants: Camille, Jeanne, André Guy et Bernard, né le 20:06/1944. Employé à la tuilerie FENAL, il est démouleur.  Il décédera à Melk le 08/03/1945 à l’âge de 24 ans.

PASSALACQUA André:

Né le 6/06/1904 à Cirey sur Vezouze (54), il sera libéré le 30/04/1945 à Allach, commando de Dachau.

PATRY Albert:

Né le 6/02/1901 à Merviller (54), il décédera à Melk le 21/01/1945 à l’âge de 43 ans.

PERRIN Armand:

Pexonne

Né le 13/09/1915 à Pexonne (54), Armand est agriculteur à Fenneviller. Marié à Suzanne HENRIONNET, jeune institutrice,  il sera successivement interné au KL STRUTHOF, DACHAU, MAUTHAUSEN, puis MELK où il décédera le 15/12/1944

PETITJEAN Michel:

Né le 29/05/1923 à Joeuf (54), il décédera à Melk le 20/04/1945 à l’âge de 25 ans.

PIEROBON Anacleto:

Né le 29/03/1918 à Limena (I), il décédera à Ebensee le 3/05/1945 à l’âge de 27 ans.

PIEROBON Bruno:

Né le 1/10/1923 à Curtarolo (I), il décédera à Melk le 21/12/1944 à l’âge de 21 ans.

POUTOT Georges:

Né le 28/06/1927 à Raon l’Etape (88), il décédera à Melk le 25/01/1945 à l’âge de 17 ans.

REBMANN Michel:

Né le 23/01/1927 à Dijon (21), il décédera à Mauthausen le 3/05/1945, le jour de la libération du camp, à l’âge de 18 ans.

RICHARD René:

Né le 20 juin 1904 à Cornimont (88), il est chef de halte à la gare de Pexonne. Il décédera le 20 février 1945 à Ebensee.

RINGUE André:

Né le 7/03/1922 à Pexonne. Il décédera à Ebensee le 7/04/1945

ROBERT Elisabeth:

Née MATHIS le 18/11/1897, elle exploite un café. Elle est accusée d’avoir hébergé un émetteur radio. Raflée ce 27 aout 44, elle sera évacuée le 30 août de Baccarat vers le camp de SCHIRMECK. Elle sera libérée le 23/11/44 par les alliés.

ROBERT Paulette:

Née le 4/08/1928, elle sera dirigée avec sa mère et sa soeur vers le camp de Schirmeck. Elle sera ensuite dirigée vers le camp de Gaggenau d’où elle sera libérée le 13/05/1945.

ROBERT Renée:

Née le 26/01/1924, elle sera dirigée avec sa mère et sa soeur vers le camp de Schirmeck. Elle sera ensuite dirigée vers le camp de Gaggenau d’où elle sera libérée le 13/05/1945.

ROY René:

Né le 2/03/1927 à Croimare (54), il sera libéré le 6/05/1945 à Ebensee

SAMOCK François:

Né le 22/06/1927 à Fertos-Alma (CZ), il décédera à Ebensee le 9/02/1945 à l’âge de 17 ans.

SCHRAEN Fernand:

Né le 26/06/1925 à Villacerf (10), il sera libéré le 5/05/1945 à Gusen.

SIGNORI Aroldo:

Pexonne

Né le 27/10/1915 à Caldana(Italie), il est employé des chemins de fer et travaille à Bainville sur l’eau (54). Il fait son service militaire au 30ème Bataillon de Chasseurs à pied à Remiremont en 1939 et sera promu caporal-chef. Clarinettiste et saxophoniste, il anime avec son frère Edilio un orchestre de passionnés au café du centre de Pexonne, chez Mme Michel. Il est alors fiancé à Georgette LECLERC de Pexonne. Le 27 août 44, il est dans sa chambre lorsque les allemands viennent le chercher, alors qu’il s’apprêtait à rejoindre le maquis.  Il décédera à Ebensee le 27/02/1945  à l’âge de 29 ans sous le matricule 99094.

SIGNORI Edilio:

Pexonne

Né le 14/04/1914 à Caldana (I), petit village de Toscane, en pays étrusque, sur le golfe de Follonica.  Il est le fils ainé d’Egidio né en 1891 et de Gugielma née en 1889, qui fuient le fascisme de Mussolini pour s’installer à Homécourt (54). Ses parents s’installent à Pexonne au début des années 30 pour être embauchés aux faïenceries FENAL. Edilio devient donc  faïencier. Musicien comme ses frères, il joue de la batterie. C’est le 15/12/1934 qu’il épouse  Raymonde JOB et aura deux filles, Huguette en 1935 et Arlette en 1939.  Ce 27 août 44, il est parti couper de l’herbe vers la Combelle, et est averti sur le chemin du retour de la rafle en cours. Inquiet pour les siens, il ne veut pas les abandonner; il est arrêté sur la place avec sa charrette d’herbe. Il décédera à Ebensee le 22/04/1945  à l’âge de 31 ans sous le matricule 99093

SIGNORI Elio:

Pexonne

Né le 14/03/1923 à Homécourt (54), il travaille comme son frère Edilio chez FENAL en tant que faïencier. Il accompagne ses frères dans le petit orchestre du café du centre à l’accordéon. Il est raflé alors qu’il est dans sa chambre, aux Cités de Vitry. Il sera libéré du camp d’ Ebensee sous le matricule 99095 le 6/05/1945  à l’âge de 22 ans. Rapatrié à Paris le 29/05/1945 à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, il y décédera dans les bras de sa soeur Alda le 4/07/1945, après avoir revu ses parents et sa fiancée Reine Da Silva. Reste une photo d’Elio dans son lit d’hôpital en compagnie de son amie Mlle Da Silva. Il est enterré au cimetière de Pexonne.

SIGNORI Wladimir:

Pexonne

Né le 29/07/1925 à Auboué (54), il sera faïencier chez FENAL. Il effectue son service militaire dans le Génie à Bonnières, et accompagne ses frères au saxophone ou à la trompette. Le 27 août 44, il est dans sa chambre lorsque les allemands pénètrent dans la maison avec ses frères. Il décédera à Ebensee le 2/03/1945  à l’âge de 20 ans sous le matricule 99096.

SPINOZZI Achille:

Pexonne

Né le 19 septembre 1912 à Civitella-Casanova en Italie (Abruzze), il arrive en France en juillet 1927. Il se mariera avec Marie Augustine LACOTTE le 30 mars 1935 à Badonviller. Ils auront six enfants. Employé à la faïencerie FENAL Frères depuis le 6 mars 1935 , il sera naturalisé en 1940.  Il sera raflé avec son frère Beatino.  Après Dachau, il connaît l’enfer de Mauthausen et décédera à Gusen le 21 décembre 1944. Achille a été  décoré de la croix de guerre avec palmes en 1947 à titre posthume.

SPINOZZI Beatino:

Né le 19/08/1924  à Valleroy (54), il décédera à Gusen le 30/12/1944  à l’âge de 20 ans.

SPINOZZI Umberto :

Par un hasard malheureux, il sera fusillé le 1/09/1944 dans la forêt de Grammont avec Roger DUMOUTIER et le Marquis Georges de WILLERMONT.

Après avoir libéré arbitrairement 10 hommes et en voir déporté tout aussi arbitrairement 79, il reste 20 hommes dans les casernes Haxo auxquels se sont rajoutés 2 résistants (MM. BERTRAND, père et fils) capturés à Domèvre lors d’un guet-apens tendu à l’abbé Stutzmann dans son presbytère de Domèvre sur Vezouze. La négociation entamée avec le sous-préfet de Lunéville ayant aboutie à la libération de 20 prisonniers, cette libération se fera par ordre alphabétique. Quand les 20 premiers noms auront été appelés, resteront seuls : SPINOZZI Umberto et de  WILLERMONT  Georges, derniers par ordre alphabétique. Roger DUMOUTIER ayant été condamné à être fusillé, ces deux malheureux suivront le même sort… le SD de Baccarat étant sur le point de quitter Baccarat.

STRICHER Camille:

Né le 12/12/1903  à Nancy (54) , il décédera à Dachau le 02/02/1945  à l’âge de 41 ans.

THIAVILLE André:

Né le 27/07/1921  à Nancy (54) , il sera libéré à Dachau le 29/04/1945  à l’âge de 23 ans.

THIBOUT Albert:

Né le 14/07/1910 à Pont l’Evêque (14), il sera libéré à Ebensee  le 6/05/1945  à l’âge de 34 ans.

THIEBAUT Georges:

Né le 18/02/1902 à Pexonne (54), il décédera à Ebensee  le 03/02/1945  à l’âge de 42 ans.

TIRELLI Antoine:

Né le 19/04/1924 à Jolivet (54), il décédera à Mauthausen le 28/04/1945  à l’âge de 21 ans.

TRAXEL Aloïse:

Né le 6/02/1910 à Tannelburg (?), il décédera à Dachau le 12/04/1945  à l’âge de 35 ans.

VAUTRIN Robert:

Né le 5/05/1922  à Rouve (54), il décédera à Ebensee  le 6/03/1945  à l’âge de 22 ans.

VOUAUX Jean:

Né le 4/05/1913  à Pexonne (54), il décédera à Ebensee  le 24/04/1945  à l’âge de 31 ans.

VOUAUX Ovide:

Né le 21/09/1912 à Pexonne (54), il décédera à Ebensee  le 18/03/1945  à l’âge de 32 ans.

ZABE Joseph:

Né le 21/03/1910  à Val et Chatillon (54), il décédera à Ebensee  le 28/03/1945  à l’âge de 35 ans.

ZANON Louis:

Né le 9/05/1914  à St Gallen (?), il décédera à Ebensee  le 2/04/1945  à l’âge de 30 ans.

 

Pexonne

Moument dédié aux victimes du 27 août 44

Photo: Hervé THOMAS

 

écrit par Guillaume MAISSE

http://pexonne27aout44.net/dimanche-27-aout-1944/