La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Liberation de Laneuveville aux Bois

  

D’après les récits de Pierre Demoyen (en 1944) et Julia Marchal

 

Contexte d’avant guerre :

 

1931-1932

La voie ferrée Paris-Strasbourg passe à 4 voies grâce aux travaux menés par l’entreprise Rangeard. Le chantier dure deux ans.

 

Grandes manœuvres militaires avec toutes les troupes de Lunéville : le 73e Régiment d’Artillerie, les 8e et 31e Dragons, le 508e Régiment de chars de combat, des aérostiers avec leurs ballons captifs (saucisses). Les garnisons de Nancy, Reims, etc les rejoignent. Le 73e RA s’installe sur les côtes d’Igney-Avricourt et effectue des tirs réels sur le fort de Manonviller.

 

15 mai 1940.

Le 88e Bataillon de Chasseurs à pied se replie à travers champs, derrière le village, et laisse beaucoup de matériel.

   

19 juin 1940. 

Le soldat Marcel Bize est tué près de sa mitrailleuse, au carrefour de la route qui mène à Mouacourt. Plusieurs milliers de soldats français du 217e RA et 348e RI, arrivant de la forêt de Parroy, se rendent aux Allemands. Ils abandonnent leurs armes dans le fossé.

 

Fin de l’année 40

D’autres restent cachés durant un mois dans le fort de Manonviller.

 

Après la fin des combats, les soldats allemands emmènent les habitants au niveau des zones de combats pour relevés les morts français. Le corps du Sergent-chef Marc Robin (originaire de Ruan) est récupéré au lieu-dit « Aux vignes » et est enterré dans le cimetière du village, près de Marcel Bize et de Mr Houbeaut.

 

 

Septembre 1944 : vers la libération !

 

28 août 1944.

Des avions alliés mitraillent les trains allemands qui convoient des troupes et des munitions. De nombreux soldats brûlent dans l’incendie qui dure deux jours entiers.

 

Août 1944.

Une compagnie de la Kriegsmarine stationnent à Laneuveville-aux-Bois jusqu’au 15 août 1944.

 

3 septembre 1944.

Sur ordre des troupes allemandes, la mairie commence à réquisitionner les chevaux et les chariots mais les habitants tentent d’en cacher le maximum. Les postes de garde allemands sur la ligne de chemin de fer sont prêts à partir.

 

10 septembre 1944.

Les avions américains mitraillent un train à l’heure de la messe : deux soldats allemands sont tués et plusieurs blessés.

Les habitants attendent les Américains, et entendent les canons un peu partout. Des rumeurs circulent sur leurs positions : ils seraient à Manonviller. Le village se croit définitivement libéré de la présence allemande.

 

15 septembre 1944.

Les Allemands sortent de la forêt pour récupérer les chevaux cachés, les vélos et tout le matériel récupérable.

Les Américains du 2e de Cavalerie arrivent par la route de Manonviller et Thiébauménil. Ils prennent possession du village en fin de journée et ont tué un soldat allemand devant chez Mr Barbe au carrefour.

 

Un groupe de FFI est présent dans la région : Maurice Galaire (chef du secteur de Manonviller), Albert Michel, Léon Carrer. Certains patrouillent dans la forêt de Parroy : Henry Magron, Robert Magron, René Nicomette, Gérard Marchal, Pierre Demoyen et Louis Didier.

 

16 septembre 1944.

Les villageois rencontrent les Américains arrivés la veille. Expressions de joie, échanges de cigarettes, de chocolat …

 

18 septembre 1944.

Vers midi, de nouvelles rumeurs indiquent le pire : les blindés américains reculent ! Le village est pris de panique, les membres des FFI prennent la fuite avec de nombreux villageois. Le bombardement allemand commence alors et les derniers chars américains doivent reculer sous la violence des tirs.

Lorsque la pluie d’obus cesse, les blindés allemands entrent en actions. Ils sont suivis par des chars légers et des camions remplis de troupes. Les habitants sortent de leurs caves progressivement et doivent déjà mettre de nouveau leur habitation à disposition des occupants.

 

19 septembre 1944.

Si le village est plutôt calme, les habitants doivent supporter les réquisitions et les pillages des soldats allemands qui visitent caves, valises…

 

20 septembre 1944.

Le Général et son Etat-major s'installent au village mais cela n’empêche pas les soldats de continuer à voler.

 

22 septembre 1944.

Toute la matinée le canon et la mitraille tonnent. Les avions américains survolent le village. Le reste de la journée est calme mais les habitants doivent rejoindre les caves sur ordres des Allemands.

 

23 septembre 1944

Les Américains sont à Marainviller. Ils tirent sur le village, où il y a de gros dégâts. Un va-et-vient de chars et véhicules allemands rythment les jours qui suivent.

 

27 septembre 1944.

Un bombardement touche les rues du village. Les dégâts sont assez importants et plusieurs bêtes sont mortes. Les soldats allemands sont toujours présents et vivent dans les maisons pendant que les habitants sont dans les caves.

 

28 septembre 1944.

Des avions américains survolent le village et attaquent la DCA. Les Allemands ripostent avec l’artillerie. Une pluie d’obus et de mitrailles s’abat sur le village qui sombre dans la poussière. Des maisons prennent feu et une épaisse fumée envahit les rues.

 

29 septembre 1944.

Beaucoup de soldats allemands ont quitté le village. Des bombardements se font entendre mais ne perturbent pas réellement la vie quotidienne. Le soir, une violente canonnade débute. Les murs sont criblés d’éclats. 

 

30 septembre 1944.

Les habitants tentent de sauver les maisons et les hangars qui brûlent.

 

Début octobre 1944.

Un officier allemand exige deux hommes et deux chariots avec chevaux pour livrer des munitions aux troupes qui combattent au lieu dit « les prés de Frouard » (forêt de Parroy).

 

1er octobre 1944.

Des obus tombent régulièrement mais les habitants s’entraident pour sauver le maximum de biens ou pour s’abriter dans les caves encore intactes. Un jeune garçon, J. Vaimbois est tué par un des obus.

Les troupes allemandes reviennent en nombre et l’entrée du village est minée. Les Américains se rapprochent du village, les habitants peuvent entendre leurs tirs. Un premier prisonnier est ramené au village.

 

3 octobre 1944.

Les bombardements sont accompagnés de mitrailles et sont plus ou moins violents. Les soldats allemands viennent se mettre à l’abri dans les caves avec les civils. Lorsque le calme revient, les habitants sortent pour évaluer les dégâts et s’occuper de leurs bêtes.

 

4 octobre 1944.

Les morts sont enterrés dans les jardins comme Armand Toussaint touché par un éclat d’obus dans sa maison. Le village devient ruine et les habitants vivent dans le vacarme des tirs échangés dans la forêt de Parroy. Inquiets, ils passent de plus en plus de temps dans les caves. Une pièce  d'artillerie américaine tire sur  Emberménil et la gare.

 

Les Américains sont là !

 

5 octobre 1944.

Vers 11h00, l’aviation américaine mitraille et bombarde le village. Les habitants et les soldats s’agglutinent dans les caves, certains sont blessés. Le village ressemble à l’enfer : au moins dix maisons sont en flamme, des ruines jonchent le sol.

Les soldats allemands aident les gens à sortir des caves et emmènent certains blessés dans les hôpitaux.

 

6 octobre 1944.

Au matin, trois DCA s’installent dans le village. C’est l’affolement général, une partie de la population décide de quitter Laneuveville-aux-Bois.

 

Des chars Panther sont cachés dans les granges. Le soir venu, ils changent de positions et tirent quelques obus pour faire croire aux Américains qu’ils y a de nombreux chars stationnés dans le village. Cependant, il ne reste qu’une centaine de soldats allemands.

 

L’aviation américaine entre en jeu et pilonne le village. Dès les raids aériens terminés, l’artillerie prend la relève. Les caves tremblent et certaines cèdent sous les obus. Les médecins allemands s’occupent des blessés.

 

7 octobre 1944.

L’aviation US revient à la charge à partir de midi mais les assauts les plus violents se passent aux environs de 17h00. La panique se répand : on lâche les bêtes, on quitte le village…Tous désirent une libération rapide mais un soldat allemand confie à un habitant que le Führer veut qu’ils résistent jusqu’au bout.

 

8 octobre 1944.

Un  Sous-officier allemand donne l’ordre à tous les hommes (civils) de se rassembler avec des couvertures et des vivres pour trois jours. Plusieurs manquent à l’appel…ils sont allés se cacher.

Ils commencent par des travaux de terrassement au niveau de Leintrey. Bientôt un camion vient les embarqués …direction Lohr, un village d’Alsace. Là, ils aident les paysans et creusent des tranchés antichars. Les villageois de Lohr accueillent ses travailleurs forcés, les nourrissent …

Les Allemands se retirent peu à peu du village. Bientôt les villageois se retrouvent seuls dans les ruines

 

11 octobre 1944.

A 8h30, Henry Magron décide d’aller prévenir les Américains du départ des Allemands mais il saute sur une mine en passant le pont provisoire au dessus de la Vezouze à Manonviller. Il est enterré à Manonviller puis déterré le 29 novembre 1945 pour être inhumé à Laneuveville aux Bois (Maire Mr Didier Maurice).

 

Les Américains s’avancent prudemment alors que les troupes allemandes continuent de bombarder. Les habitants resteront dans les caves jusqu’au 10 novembre 1944.

 

22 octobre 1944

Les prisonniers stationnés à Lohr croisent les réfugiés de Xures mais ceux-ci sont incapables de leur donner des informations sur Laneuveville-aux-Bois, même si des rumeurs de libérations se font entendre.

 

22 novembre 1944.

Les chars américains arrivent à Lohr, les prisonniers de Laneuveville-aux-Bois sont libérés, dont Pierre Desmoyen.

                                                                                                                                                 

 

LISTE DES VICTIMES CIVILES DE LANEUVEVILLE AUX BOIS

 

Joseph  VAIMBOIS (19 ans), mort le 1er octobre 1944 par un obus.

Armand THOUSSAINT (35 ans), mort  le  2 octobre 1944 par un éclat d’obus.

Paul PIERSON (40 ans, maire), mort le 6 octobre 1944 lors du bombardement                                                          

Paulette PIERSON (13 ans, fille de Paul Pierson), morte le 6 octobre 1944 lors  du bombardement

Maria MARTON (60 ans, tante de la famille Pierson), morte le  6 octobre 1944 lors du bombardement

Jules VIARD (43 ans), mort le 6 octobre 1944 à la suite de ses blessures lors du bombardement

Maurice MARCHAL, mort le 6 octobre 1944 à la suite de ses blessures lors  du bombardement

Jeanne FERRY, morte le 6  octobre  1944  lors  du bombardement

Henry MAGRON, mort  le  11  octobre 1944  en sautant sur une mine au niveau du pont de la Vezouze à Manonviller  

Noël PERRIN, mort le 25 novembre 1944 sur une mine, après les combats dans le Sud de la forêt de Parroy

 

 

LES BLÉSSÉS

 

Alice PIERSON blessée lors du bombardement du 6 octobre 1944 à la main.

Charles GÉRARD blessé par un obus le 12 octobre 1944 et évacué par les soldats US.

François CHRIST blessé par la même mine qui tue Monsieur PERRIN le 25 novembre 1944.