La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

La bataille de la ferme de Viombois

Alors que la 2e Division Blindée (2e DB) du général Leclerc s’apprête, en août 1944, à foncer sur Paris, des événements tragiques ont lieu dans les Vosges. La montagne vosgienne connaît à ce moment –là deux importantes organisations de résistance armée : les maquis de Viombois et de la Piquante Pierre. Nous vous proposons, dans ce numéro d’étudier le maquis dit de la ferme de Viombois où est édifié aujourd’hui un important mémorial de la Résistance.

VIOMBOIS

 

Le contexte en 1944

Passée la stupeur du débarquement anglo-américain réussi sur les côtes normandes en juin, le choc de la tentative de Von Stauffenberg d’assassinat du Führer du 20 juillet 1944, l’effet de la guérilla généralisée sur des nerfs complètement à vif et la réussite de l’opération  « Dragoon » (débarquement en Provence) du 15 août 1944, les armées du Reich commencent à se ressaisir, et d’autant mieux, sans doute, qu’elles vont être employées à se protéger le sol même de la patrie allemande.

Hitler, le 19 septembre 1944, donne comme seule consigne au général Blaskowitz, commandant en chef du Groupe d’armées G : « tenir à tout pris l’Alsace et la Lorraine ». Pour l’exécution de cet ordre, les deux armées allemandes qui constituent le groupe G se partagent le front au Nord et au Sud de la ligne Epinal-Strasbourg par Rambervillers, Raon-l’Etape et le Donon. La 1e Armée, au Nord, couvrant Strasbourg et la 19e Armée ayant mission de tenir le massif vosgien afin d’interdire l’accès à la haute Alsace.

Vosges et Alsace vont ainsi se trouver étroitement liées à l’occasion des principaux combats menés en septembre par les maquis des Vosges, car dans l’un de ces combats, à Viombois, se trouve engagé un des éléments extérieurs de la résistance alsacienne : le GMA des Vosges.

 

L’organisation de la résistance alsacienne

Il est nécessaire de rappeler, pour mémoire, que la résistance alsacienne, à ce moment précis, entre à son tour, avec un décalage de plusieurs mois par rapport aux départements situés à l’Ouest, dans la phase décisive préparant et annonçant la Libération. L’un des traits caractéristiques de la résistance alsacienne est la constitution, hors d’Alsace, d’importants groupements maintenant une constante liaison avec les organisateurs de la résistance en Alsace même. C’est ainsi que naissent trois GMA. Groupements Mobiles d’Alsace. GMA Sud, GMA Suisse, GMA Vosges. L’originalité de ces groupements et ce qui les différencie des autres formations de la résistance intérieure française, c’est que, recrutant parmi les Alsaciens et les Lorrains réfugiés (surtout dans le Sud-Ouest et en Suisse), ils se fixent comme mission d’aller combattre sur la frontière alsacienne afin de participer, dès que cela sera matériellement possible, à la libération de l’Alsace, annexée de fait au Reich dès 1940. Ils s’interdisent, par ailleurs, toute infiltration à des mouvements nationaux de peur d’être « récupérés » politiquement.

 

GMA Sud

Le commandant Kliber, chef de la résistance alsacienne regroupe tous les Alsaciens et les Lorrains volontaires, réfugiés dans le Sud de la France au sein du GMA Sud. Celui-ci comprend quatre groupes :

-      Le « groupement Ancel » situé en Dordogne (dont fait partie le futur ministre André Bord).

-      Le « groupement Pleis » originaire de la région de Toulouse dirigé par le commandant Chamson (il s’agit de l’écrivain cévenol André Chamson, futur membre de l’académie française).

-      Le « groupement Dopff » originaire de Savoie.

-      Le « groupement Hubert » de Limoges, rassemblant surtout des policiers alsaciens.

Le commandant du GMA Sud rebaptisé en  “brigade Alsace-Lorraine” est confié à André Malraux (colonel Berger), chef des FFI de Dordogne. Cette brigade composée de trois bataillons, va prendre position, dans le cadre de l’avance de la 1ère Armée française (l’armée de Lattre), sur le front des Vosges, au Thillot, dans les tout derniers jours de septembre.

 

 GMA Suisse

Le commandant Georges arrive, en Suisse, a rassemblé environ 2000 Alsaciens et Lorrains volontaires réfugiés en Suisses qui sont accueillis au Valdahon et à Ornans dans le Doubs pour être aussitôt intégrés dans la 1ère Armée française et prendre part à la bataille de Mulhouse au mois de novembre suivant.

 GMA Vosges

Le GMA Vosges est crée sur le territoire de la région C par d’Ornant et Marceau (le commandant Kliber) en plein accord avec Grandval (il s’agit de Gilbert Grandval, futur ambassadeur de France et futur ministre du général de Gaulle). L’un des premiers projets de ce GMA est d’attaquer le camp d’extermination du Struthof situé en Alsace pour y libérer les détenus voués à la mort. Ce projet n’aboutit pas. Le GMA va être par la force des choses, engagé dans la bataille de Viombois. Sa constitution et son organisation sont confiées par d’Ornant et Marceau aux capitaines Marc (Dr. René Meyer) et Rivière (Jean Eschbach). Le PC de la résistance alsacienne est installé aux environs de Raon-l’Etape et maintient le contact avec les deux chefs départementaux FFI qui, sur place, organisent la résistance armée et préparant l’insurrection libératrice : les commandants François (Georges Kiefer) pour le Bas-Rhin et Daniel (Paul Winter) pour le Haut-Rhin. Pour assister Grandval, qui coordonne les opérations au niveau régional, le colonel Bourgeois (Maximum), ancien de l’état-major du général Koenig à Bir-Hakeim, est parachuté quelques temps auparavant dans le Jura.

Marceau a autorité sur l’ensemble des GMA, ainsi que d’Ornant, même s’il n’est qu’un officier de liaison détaché par l’ORA (Organisation de Résistance de l’Armée). Localement, Marc reste le chef du GMA – Vosges (bien que sa compétence militaire, comme cela est reconnue, soit limitée). Cependant, il dispose pour le seconder militairement de deux adjoints particulièrement rompus au combat, le capitaine Rivière et surtout le lieutenant Jean-Serge (René Ricatte).

 

La bataille de Viombois

Le combat va être inégal. L’effectif des maquisards reste faible, l’équipement médiocre, malgré les parachutages d’armes, le ravitaillement dérisoire en face des forces allemandes nombreuses, bien entraînées, solidement armées. Après les opérations dans le secteur parisien et le repli précipité des forces de la Wehrmacht, accompagné de reflux de l’appareil administratif allemand, l’ennemi qui comprend aisément le rôle défensif que peut encore jouer le massif vosgien, dernier bastion en territoire français, se ressaisit lorsqu’il constate, en août, le ralentissement de l’avance alliée. Des éléments de toutes les armes arrivent dans les Vosges, plus particulièrement sur la « position des Vosges » le long de la crête de la montagne : de l’infanterie, de l’artillerie, de l’aviation d’observation. Plusieurs bataillons de Gebirgsjäger (troupes de montagne) s’installent dans la vallée du Rabodeau et dans la plaine environnante non loin du Donon et du lac de la Maix, sans oublier les feldgendarmes, les miliciens, les policiers de la Gestapo et plusieurs commandos du SD (Sicherheits-dienst – service de sécurité) qui vont mener de dures représailles dans la région après la bataille de Viombois.

 

Les opérations

Le prélude de la bataille est annoncé sur les ondes de la BBC le soir du 9 août 1944 par le message suivant : « De Manicoco à Bamboula, l’abbé Pellerin visitera ce soir l’anatomie de Bamboula ».Ce message codé indique qu’un parachutage important d’hommes et d’armes aura lieu le 13 août 1944 sur le terrain « Anatomie » situé à l’Est des communes de Senones-Petite Raon au lieu dit Le Mont  (sur la commune de Le Mont/ carte Michelin 62 coordonnées 63 m/m de 0500, 94 m/m de 5360, 13 m/m est de Senones).

En effet, vers 2h00, le 13 août 1944, parmi les maquisards et leurs chefs au sol (Maximum, Marc, Rivière) c’est l’allégresse lorsque les ronronnements de deux avions volants tous feux éteints se font entendre. Ils arrivent  bientôt, énormes et rugissant au-dessus du terrain sur lequel des feux sont fébrilement allumés. Trois feux gigantesques disposés en triangle dont les flammes s’élèvent à deux mètres de hauteur. Bientôt du ciel tombent des containers apportant équipements, postes émetteurs, fusils mitrailleurs, fusils grenades, plastic, cigarettes, chocolat.

Quinze SAS forment le Jedburgh Team Jacob descendent également en parachute. Le SAS (1) Loyton (c’est le nom de la mission) comprend entre autres, deux britanniques, le capitaine Gough (2) et le Sergent Seymour ainsi qu’un français Baraud (Maurice Boissarie). Ils sont immédiatement conduits dans un maquis formé par deux centuries du GMA Vosges installées l’une à la tête des Herrins, l’autre à la côte 722, près du Haut-du-Bon-Dieu, au-dessus du lac de la Maix dans le massif forestier qui surplombe la route menant de Raon-l’Etape au Col du Donon.

Pendant les jours qui suivent, Gough et Baraud expliquent à leurs interlocuteurs maquisards que la mission SAS Loyton est de harceler les troupes allemandes. Seymour, de son côté familiarise ses nouveaux compagnons avec le maniement des armes parachutées.

Pendant ce temps un « Fieseler Stroch » (petit avion d’observation allemand) survole régulièrement le massif forestier. L’ennemi  est sur ses gardes. La vallée du Rabodeau, le Col du Donon pullulent de camions remplis de soldats casqués, mitraillette au poing. Les responsables des maquis, en accord avec Grandval (Planète), présent à ce moment-là, suggèrent d’attendre l’arrivée de nouvelles armes pour équiper tous les hommes disponibles et désireux de se battre pour préparer l’arrivée des forces alliées.

Planète envoie alors à Londres, le 19 août 1944, depuis son PC clandestin à Raon-l’Etape, le câble suivant :

«  Vous ai signalé agitation ennemie consécutive première opération sur Anatomie. Situation s’aggrave : maquis où se trouvent  “Maximum” et “Réciproque” [le commandant Kliber] mission SAS Loyton et Jedburgh Jacob encerclé. Pour leur porter aide extérieure, vous demande parachutage interlune immédiat sur terrain suivant : [suit l’indication de trois terrains connus de Londres]. Vous prie de faire tous efforts pour rétablir urgence liaison avec Jacob et Loyton et me faire passer nouvelles sur mon code par Bataclan Noir. Compte tenu de cette situation qui peut avoir répercussions sut toutes les Vosges, j’insiste pour que vous hâtiez opération de nuit et vaste opération de jour prévues. Effectifs très importants risquant être anéantis faute d’armes. Planète »

 

(1) Spécial Air Service. La brigade SAS comprend, en novembre 1943, deux bataillons français, deux bataillons anglais et une compagnie belge. La brigade SAS est rattachée à la 1ère Armée aéroportées stationnant en Angleterre : deux divisions américaines, deux divisions britanniques, une brigade polonaise et la brigade SAS.

(2) Le capitaine Gough tombe aux mains des allemands en octobre 1944 dans la secteur de la Petite Raon. Comme tous les SAS capturés en compagnie de maquisards, il est exécuté.

 

En effet, deux jours avant la transmission de ce message, le 17 août 1944 les « Gebirgsjäger » déclenchent une attaque contre la côte 722, près du Haut-du-Bon-Dieu, occupée par la 2 e centurie du lieutenant Félix (B.Lefranc). (Voir la carte n°1). Jean-Serge avec sa 1e centurie, venue de la Tête de Herrins se porte à son secours. Les combats, sporadiques, durent cinq jours et les centuries perdent 25 hommes (voir à ce sujet la plaque dédiée à Armand Baratchart au Lac de la Maix), et le sergent Seymour est fait prisonnier. A ce moment précis, le 22 août 1944, le GMA Vosges est obligé de quitter le secteur. Il s’éloigne ainsi dangereusement des frontières d’Alsace qu’il s’était donné pour objectif. En regroupant ses deux centuries, bientôt rejointes par quatre nouvelles centuries de réserves, dans le massif forestier du Sud de la Meurthe-et-Moselle, au lieu-dit «Basse des Huttes », le GMA quitte en même temps le cœur des bois pour se rapprocher de la plaine, où le piège de Viombois l’attend. Le parachutage massif demandé par Grandval à Londres afin de fournir des armes aux nouveaux arrivants est alors organisé. Le terrain de parachutage choisi dénommé « Pédale » se situe non loin de la commune de Veney, entre les fermes de la Barraque et de Viombois (voir carte n° 2).

Le 31 août 1944 à 19h00, la BBC lance le message « le beau pré est trop long neuf fois » annonçant ainsi pour la nuit même le parachutage. Vers 3h00 du matin le 1er septembre 1944, le colonel anglais Frenck, descend du ciel, accompagné de vingt-cinq hommes du 1er régiment SAS, du capitaine Sykes, également anglais et d’un officier français, le commandant Derringer (précédemment, en 1941 en zone Sud, adjudant-chef ; plus tard à Londres, à la BBC, il sera « l’abbé Pellegrin » ou « Henry ») qui est chargé de prendre en main le GMA Vosges pour sa phase opérationnelle.

Une réunion « franco-anglaise » se tient alors au PC établi à la ferme de la Barraque et jette les bases d’une nouvelle organisation du maquis. Il faut pour cela attendre le parachutage suivant prévu au cours de la nuit du 3 au 4 septembre 1944 qui fournira les armes demandées. Les maquisards, au nombre de 832 dont 150 environ armés et aguerris à la vie en plein air sont répartis en deux groupes de centuries. Le premier, commandé par le capitaine Marc avec comme adjoint le lieutenant Jean-Serge est destiné à retourner dans le massif forestier des Vosges ; le deuxième, commandé  par le capitaine Baraud doit mener des opérations de guérilla dans le massif forestier de la Meurthe.

Le destin en décide autrement. En effet, des conditions météorologiques très défavorables sur la Manche empêchent le vol des avions devant parachuter des armes pendant la nuit du 3 au 4 septembre 1944 sur le terrain de Veney. Un nouveau message radio de la BBC prévient qu’il est décalé de 24 heures.

Le problème est énorme. Que faire pendant ce temps de plusieurs centaines d’hommes, la plupart non armés ? Le capitaine Marc, sous la pluie, jette son dévolu sur une ferme inhabité la ferme de Viombois où le bivouac est établi aux environs de minuit.

L’état-major franco-anglais de la ferme de la Barraque jugeant la localisation géographique de la ferme de Viombois beaucoup trop dangereuse (car jouxtant une route départementale) donne l’ordre d’évacuer l’endroit dès le lendemain matin. Le capitaine Marc, pour des raisons logistiques, ne suit pas cet ordre, préférant cacher ses maquisards dans la ferme et dans les bois environnants sous la protection de 70 hommes, bien armés et bien entraînés de la centurie du lieutenant Jean-Serge, bien que ce dernier n’approuve pas la décision imprudente de son supérieur.

Mais, dès le lendemain matin se met en place le scénario qui va immanquablement, par des tirs d’armes automatiques s’entendant à des kilomètres à la ronde, attirer l’attention de l’ennemi.

Trois incidents graves ont ainsi lieu ce matin du 4 septembre 1944.

Le premier à 9h00. Une petite équipe de transmetteurs allemands fait son apparition, en voiture, sur la route. Elle s’arrête, non loin de la ferme, pour réparer la ligne télégraphique qui passe à proximité. Les sentinelles surveillant la route, ouvrent le feu, et font prisonniers les allemands. Au même moment, le lieutenant Jean-Serge est à la ferme de la Barraque, distance 3km à peine, pour informer l’état-major de la décision de non-évacuation de la ferme de Viombois, prise par Marc. Il entend le vacarme lointain de la fusillade. Il revient alors précipitamment à Viombois accompagné du capitaine Baraud chargé de convaincre Marc de dispenser ses troupes.

Le deuxième, vers 11h00. Deux militaires de l’organisation Todt, accompagnant un attelage hippomobile de ravitaillement conduit par un civil allemand et trois allemandes auxiliaires féminines de l’armée sont pris sous le feu des hommes de Jean-Serge. L’un des allemands est tué, l’autre, blessé. Tous sont conduits à la ferme.

Le troisième aux environs de 11h30. Une demi-douzaine de membres des Jeunesses Hitlérienne trainant une voiture à bras chargée de matériel téléphonique sont interceptés, sans un coup de feu, par les maquisards et également amenés à la ferme.

La suite va de soi :

A 14h00, les troupes allemandes, alertées par des fusillades, arrivent. En effet, sur la route de Badonviller Raon-L’étape, on aperçoit, arrivant de Pexonne, une douzaine de cyclistes de la Wehrmacht, accompagnés d’un motocycliste. Les hommes abandonnent leur vélo dans le fossé et descendent en tirailleurs. Il s’agit pour eux d’accrocher les maquisards du GMA. Pendant ce temps, des camions débarquent sur la route plusieurs centaines de leurs camarades. Simultanément, des éléments à pied de la Luftwaffe, jeunes recrues du 91e régiment, hâtivement entraînés à la lutte contre les parachutistes SAS traversent  Pexonne à toute allure, des bandes de cartouches au cou et leurs longs FM sur l’épaule pour gagner la ferme, à travers bois. Un commando, sous les ordres de Jean-Serge, fait front et réussit, pendant un certain temps, mais au prix de la perte de deux hommes, à enrayer l’avance des allemands qui laissent 12 morts sur le terrain.

Vers 15h00, alors que le capitaine Marc se décide enfin à faire évacuer la ferme, l’ennemi déclenche son attaque. Le capitaine Baraud qui se  précipite vers les maquisards non armés réfugiés dans le petit bois tout proche pour les regrouper vers la ferme, est tué net d’une balle explosive en plein front. Une série d’assauts très violents menés par les allemands hurlant à pleins poumons sont repoussés les uns après les autres à coups de tirs de FM et de pistolets mitrailleurs Sten. 30 000 cartouches sont tirés par les maquisards.

A 19h00, le capitaine Marc décide de rompre le combat pour aller à la ferme de la Barraque pour y demander de l’aide. Protégé par deux FM de la centurie de Jean-Serge, il arrive à quitter la ferme avec 7 hommes armés et atteint Bertrichamps.

A 21h00 exactement, alors que la fusillade continue, nourrie, brusquement une fusée verte monte dans le ciel…Instantanément, les armes allemandes se taisent. Les ordres donnés en allemand se font de moins en moins distincts. L’ennemi s’éloigne. Le silence qui règne alors à Viombois, après de rudes combats jusqu’au corps à corps durant près de six heures dans un effroyable vacarme, fait presque peur.

Les dispositions sont prises immédiatement pour décrocher de la ferme. Le lieutenant Jean-Serge part le premier avec 35 hommes de sa centurie, les blessés, et une cinquantaine de maquisards non armés. Il atteint la Barraque où il ne trouvera plus personne. Il se rend alors à 22h30 sur le terrain de parachutage « Pédale »…Personne ne vient pour réceptionner les armes, ni marceau, ni Rivière, ni les anglais…

A 23h30 les avions arrivent dans un énorme vacarme et survolent le terrain… ils tournent ainsi en rond pendant une bonne vingtaine de minutes et repartent vers l’Angleterre sans se douter de la tragédie qui s’est déroulée quelques centaines de mètres plus bas sous leurs ailes. En voyant repartir ces avions chargés de tout ce matériel et de toutes ces armes dont les maquisards ont tant besoin, Jean-Serge et ses compagnons sont étreints par une grande tristesse…

 

Cet épilogue de la bataille de Viombois sonne en quelques sortes le glas pour le GMA-Vosges. Il ne pourra plus mener les opérations, dans le massif forestier des Vosges, comme elles étaient prévues.

Si l’issue de la bataille de la ferme de Viombois est un échec pour les allemands, puisqu’ils n’ont réussi à investir la dite ferme, le bilan de cette affaire est très lourd. Outre le fait que l’élan du GMA-Vosges est brisé net, 57 maquisards sont morts à la ferme, 34 autres, faits prisonniers pendant les jours qui suivent, sont massacrés au camp du Struthof, tout proche, en Alsace, 300 autres (des otages) sont fusillés ou ne reviendront pas des camps d’exterminations (3). Les allemands de leur côté, comptent 134 morts et 182 blessés (chiffres officiellement établis après la guerre).

Après Viombois, deux groupes sont reformés :

Le premier, dirigé par Jean-Serge gagne la région de Ban-de-Sapt près de Saint-Dié et traverse, un mois plus tard, les lignes pour rejoindre à Ménil-Flin la division Leclerc où il constitue un corps franc autonome qui va participer aux campagnes d’Alsace et d’Allemagne.

Le second, dirigé par Marceau opère dans la région de Moussey, non loin du Col du Donon où on lieu par la suite de nombreux parachutages et plusieurs coups de main.

Ajoutons pour terminer que l’existence du GMA-Vosges contraint l’ennemi à maintenir pendant plusieurs mois une division de la Wehrmacht dans la région comprise entre Baccarat et le Donon. Cette division va cruellement manquer sur le front de l’Ouest pour arrêter l’avance alliée…

 

(3) Au titre des représailles qui s’abattent sur le secteur de Viombois, l’activité la plus considérable est le fait du Kommando de la SD installé à l’Hôtel du pont de Baccarat. A la tête de ce Kommando se trouve le Hauptsturmführer (capitaine) Wenger. Sont placés sous ses ordres : (capitaine) Schnur, l’Obersturmführer (capitaine) Preis, l’Untersurmführer (sous-lieutenant) Shumann et les deux Hauptscharführer (adjudant) Max Kester et Erich Wilde.

VIOMBOIS

La municipalité de Pexonne,

La section des anciens combattants,

 

Le Marquis de Hennequin de Willermont

Chevalier de la Légion d’honneur, Croix de Guerre, Maire de Pexonne

Fusillé à Merviller le 1er septembre 1944.

 

Dumoutier Roger et Spinozzi Humberto, fusillés avec lui.

 

ANSBERGER RAYMOND

LARGHUI LOUIS

RINGUE ANDRE

AUBRY GASTON

LEONARD RENE

RICHARD RENE

ANDRE EMILE

LEGAL EUGENE

SAMOK FRANCOIS

BELIN GEORGES

LHUILLIER RENE

SIGNORI AROLDO

BERTHIER MARCEAU

LHUILLIER RENE fils

SIGNORI EDILIO

BERTRAND RAYMOND

LEFORT JULIEN

SIGNORI ELIO

BENAD NOEL

LEFORT RODOLPHE

SIGNORI WLADIMIR

CHAUDRON CHARLES

MALMANCHE PIERRE

SPINOZZI BERTINO

CHAILLY GEORGES

MANGIN JEAN

SPINOZZI ACHILLE

CAQUELIN ALPHONSE

MARGO ANDRE

DA SILVA RENE

DUMOUTIER PAUL

MARTIN RENE

STRICHERT CAMILLE

DIEUDONNE GEORGES

MIOT RENE

THIEBAUT GEORGES

EDELBLOUDE JEAN

MERCY PAUL

TRAXEL ALOISE

FABIAN GUSTAVE

NAGY LADISLAS

VOUAUX OVIDE

GIANELLI JEAN

PERRIN ARMAND

VOUAUX JEAN

GEORGET PAUL

PATRY ALBERT

DE VITRY GONTRAN

GUILLAUME ADRIEN

PIEROBON BRUNO

DE VITRY GUY

GEGOUX RAYMOND

PETITJEAN MICHEL

 VAUTRIN ROBERT

GERARD ANDRE

POUTOT GEORGES

DE WILLERONT HUBERT

HENRIONNET PIERRE

 

ZANON LOUIS

KNIPILER ANDRE

 

ZABE JOSEPH

 

Arrêtés le 27 août 1944,

Morts pour la France où disparus

Dans les camps de Dachau, Monthausen, Melk et Ebensée.

 

Jacquot Lucien et sa mère Seingry Delphine, fusillés le 9 septembre 1944.

Colin Charles, disparu du camp de Lublin.

Michel Pierre, prisonnier de guerre, tué à Stuttgart.

 

VIOMBOIS

 

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