La Bataille de Lorraine

de septembre 1944 à mars 1945

Libération de Dombasle

 

 

Lundi  28 août  1944.

Monsieur Robert Coésard qui a 16 ans à l’époque raconte cette journée.

Vers 07h40, je me dirigeai vers le jardin familial situé près de l’ancienne usine Perbal, à l’entrée de Dombasle, pour cueillir des haricots lorsque j’entendis la sirène qui annonça une alerte aérienne. Je vis alors passer au-dessus de moi plusieurs vagues d’avions américains qui se dirigeaient vers l’Allemagne. Cela ne m’a pas empêché de cueillir mes haricots. Vingt minutes plus tard, l’escadrille américaine était de retour. C’est alors que 3  de ses avions prenaient en chasse un train allemand stationné à la gare de Rosières aux Salines et chargé de véhicules blindés et de camions. Je me trouvais à peine à 300 mètres de cet endroit.    

 

        

   Convoi allemand détruit par les P51

    

Pressentant le danger, un voisin m'appela pour nous mettre à l’abri. Les 3 avions américains firent tout d’abord deux passages pour mitrailler tout le convoi. C’est au cours du troisième passage, qu’un jeune homme de Dombasle, Paul Gobelet fut tué sous le pont de Rosières. C’est également au cours de ce troisième passage qu’un des 3 avions prit dans sa ligne de mire un convoi allemand qui circulait sur la route de Lunéville, plusieurs semi-chenillés furent détruits et des soldats allemands tués, dont certains carbonisés.  En descendant trop bas, le pilote  a touché avec son aile droite un platane qui a déséquilibré l’avion. Le pilote ne put rien faire et l’avion P 51 vint s’écraser dans les champs situés à 300 mètres du bois St-Don. Très exactement à l’angle du complexe sportif Levassor et du chemin des oies.

L’avion s’est complètement disloqué et le pilote un Canadien qui s’appelait Ferris Suttle et qui avait le grade de Lieutenant, a été éjecté de l’appareil. On l’a retrouvé mort enroulé dans son parachute. Comme d’autres personnes, je fus rapidement sur les lieux ; Mais un officier allemand qui nous avait précédés, nous somma de quitter les lieux. Le corps du pilote Canadien fut inhumé au cimetière de Dombasle jusqu'à la fin des hostilités puis il fut rapatrié dans son pays. Quant à l’avion, il resta plusieurs mois au même endroit avant d’être déposé sur une décharge publique.

(Témoignage de Monsieur Robert Coésard)

 

                                        

Tombe du Lt  Ferris Suttle Jr

 

Cet article est présenté au nom d'une association de la seconde guerre mondiale, le 358e Fighter Group Association. Ils ont reçu le courrier suivant du cimetière américain de Dinozé près d'Epinal en France:

 Je suis en train de faire des recherches pour localiser la famille d'un pilote de chasse de la 2e Guerre mondiale, KIA, le 28 août 1944. A LT Ferris C. Suttle, Jr. est le pilote. Il était avec le 369e Escadron de chasse du 359e Fighter Group.    Malheureusement, je n'ai pas d'adresses pour le 369e FS, ni le 359e FG, c'est pourquoi je vous envoi de l'enquête à vous 358e FG, en espérant que vous puissiez  m'aider ou transmettre la lettre à quelqu'un de son escadron.

 Le Lieutenant Suttle était de Lancaster, en Caroline du Sud. Il est enterré en France. Les habitants de Dombasle, où son avion s'est écrasé, le 28 août 1944, tiennent à lui rendre honneur et faire savoir à sa famille où il fut enterré initialement et comment les fleurs ont été régulièrement mises sur sa tombe. Certains témoins oculaires sont encore en vie et quelques photos de cette époque sont disponibles.

Certaines recherches ont été faites sur ce qui précède. Les résultats de cette recherche indiquent que le 359e Fighter Group a été affecté à la 8e Air Force pendantla Seconde Guerre mondiale lorsque le pilote a été perdu. Le Groupe est situé à East Wretham, en Angleterre à ce moment-là et, après la guerre, était en poste à Camp Kilmer, NJ, Standiford l'aéroport municipal, KY, Godman AFB, KY, et Manston RAF Station, en Angleterre. Ces données sont présentées comme source possible endroits pour informations nécessaires.

As noted in the Activities page, some members of this 9AFA are also members of the Air Forces Escape and Evasion Society.

DATE               TYPE          SERIAL NO NO          UNIT UNITE        LOCALISATION             NO macr

440828              P-51          43-24756                       359               FRANCE  suttle               8317

    

Ferris C. Suttle  pilote             Lt. Robert W. Campbell  pilot 369th FS

Thomas G. Bur  pilote             James R.Parsons

 

            

 Lt  Ferris Suttle Jr

 

 

    

                                    

 

 

 

 

 

 

359th Fighter Group

 

DECLARATION                                                                                   

29 août 1944

 

Le Lieutenant Suttle et moi-même formions le deuxième élément de ‘’Vol rouge’’, dirigé par le Lieutenant Campbell. Nous avons mitraillé un convoi de camions et plusieurs trains dans une gare de triage. Le contact radio entre nos avions et le Lieutenant Suttle était bon et j’ai eu des contacts justes avant que nous ayons terminé le mitraillage. La deuxième fois que je lui ai parlé a été pour l’avertir qu’il passait au dessus d’un autre avion, il était environ 9h35. Il ne répondit pas, mais je l’ai vu bien sortir et continuer à travers le schéma que nous avions formé. Je vis alors le Lieutenant Campbell se diriger vers le bas sur un autre train et je l’ai suivi. Quand nous avons fini le mitraillage et revenus en position, le Lieutenant Suttle n’était pas en vue et ne répondait pas quand le Lieutenant Campbell a appelé environ 5 fois. La dernière fois que le Lieutenant Suttle m’a parlé à la radio il était environ 9h30, quand il m’a dit qu’il avait mis les réservoirs en feu après les avoir passé à la bombe. Je l’ai eu en vue jusqu’à environ 9h40. Nous avons quitté l’objectif à 9h45.

THOMAS G. BUR

Flt/0., Armée de l’Air,

Lettre du frère de Suttle reçu le 13 août 2010            

                              

 Salut,

Au moment où je faisais des recherches sur mon frère le 2e Lieutenant Ferris C. Suttle Jr, 369e Escadron de Chasse du 359e Groupe de Chasse, j’ai remarqué une demande d’aide du Cimetière Américain d’Épinal pour rechercher la famille de Ferris.

Notre père Ferris C. Suttle est mort en juillet 1953 à l'âge de 57 ans et notre mère Olive (Ollie) Margret Heartherly-Suttle est morte en juillet 1997 à l'âge de 94 ans. Il y avait 4 soeurs et moi le seul autre frère. La plus vieille des filles, Loretta, est morte en 1984, à l'âge de 63 ans, ensuite Betty, la suivante plus vieille, morte en 2008, à l'âge de 78 ans, ensuite Sara, la suivante, âgée de 76 ans, vit en Caroline du Nord., Patricia âgée de 72 ans, vit aussi en Caroline du Nord., j’ai 66 ans, j’aurai 67 ans le 19 juin 2010. J'avais seulement 13 mois lorsque mon frère a été tué. Je suis maintenant retraité et reçois une pension d’invalidité de 100 % du VA en raison des blessures reçues au Viêtnam. Je partage mon temps entre le Nouveau-Mexique et l'Équateur en Amérique du Sud.

En 1965 ma mère a reçu une lettre d'un citoyen Français un dénommé Raymond Farner qui a été témoin de l’accident de mon frère. En 1972 Ramon et sa femme Jackie ont fait un voyage aux Etats-Unis, à ce moment-là il a présenté à ma mère un album photos qu'il avait compilé. Dans la création de cet album il s'est donné du mal de louer un avion pour prendre une photo de la région où mon frère a fait 2 passages dans son P51, en attaquant un convoi de camions tirant des canons de campagne. Selon Ramon le convoi a été détruit complètement sur le premier passage. Il suppose que pour s’assurer d’avoir détruit le convoi, mon frère a essayé un autre passage, il s’est présenté trop bas et la queue est rentrée en contact avec un des très grands cyprès plantés en rangée sur le bord de la route. Ramon a déclaré qu’il a vu une bouffée de fumée et l’indication que l’ignition avait été coupée, lorsque l’avion s’est écrasé sur une aile il n’y avait aucun feu et que mon frère a été éjecté de l’avion et tué lors de l’impact.

Ramon à plus tard déclaré avoir été le premier à se rendre à l’avion, rassemblant le portefeuille de mon frère et une identification attachée à son pouce. Il a aussi déclaré avoir récupéré les films des caméras d’armes à feu, a creusé un trou pour sécuriser ces articles. Ils ont été perdus au cours de la guerre, mais le nom était assez unique pour se souvenir.

 

Jeudi 14 septembre 1944.

Le  14 et 15 septembre 1944, à l’approche des américains, un groupe de FFI se préparait à combattre aux côtés de nos alliés. Plusieurs de nos concitoyens appartenant à la résistance s’empressaient de repérer les points où les allemands s’apprêtaient à résister.

Le 14 septembre 1944 au soir, Walzack Casimir avec plusieurs de ces camarades armés procédaient au nettoyage de la rue Jeanne d’Arc en direction du stand. C’est au cours de cette opération qu’une balle explosive l’a atteint à la main gauche qui par la suite dut être amputée. A noter que Walzack appartenait à un groupe qui s’était spécialisé dans le sabotage des voies ferrées.

Le 15 septembre 1944 dans l’après midi, Balle Pierre, Clovin Clément, Lemeur François vétéran de la guerre 14-18 et Maechler Alfred se mettaient d’accord avec les américains pour réaliser avec d’autres FFI et les gendarmes Bosnier et Lienhard le nettoyage de la côte surplombant Dombasle  et connue sous le nom de Rambetant  C’est au cours de cette opération que Messieurs Balle, Clovin, Lemeur et Maechler furent blessés, ainsi que les 2 gendarmes. L’état des blessés est maintenant satisfaisant.      

 (Journal de la République du 6 octobre 1944)

 

Le 14 septembre 1944 entrait le premier char US

C’est le 14 septembre 1944  que le premier char américain fit son entrée dans la cité par la route de Lunéville. C’était, pour les FFI de la localité qui luttaient depuis quatre années dans l’ombre, une grande satisfaction.

Les résistants dombaslois entamèrent une action directe contre les allemands dans la ville, en attendant l’arrivée de la troupe américaine. Quelques jours avant cette offensive, les allemands avaient procédé à de nombreuses destructions dans le port de Dombasle. Tous les ponts avaient été coupés ; un seul subsistait cassé en deux ; celui qui enjambe le canal dela Marneau Rhin. Des dépôts de munitions avaient été chargés par la population.

Le 14 septembre 1944 au matin, l’infanterie allemande semblait vouloir résister autour de la ville. Mais vers 14h00, l’artillerie américaine envoya une salve à proximité du Stand et ce fut alors le repli désordonné des allemands en direction du Rambetant et de Sommerviller.          

Presque sans armes, les FFI s’opposèrent alors aux allemands dans de violents combats de rues. Au cours de la matinée, 2 allemands furent d’ailleurs tués et 32 faits prisonniers.

 

 Combat de rue

 

 

 

Le 14 septembre 1944, le 1er char américain qui entra dans la ville détruit par un canon antichar allemand sur la route nationale

 

 

A 15h30, le premier char américain apparut sur la route nationale, au lieu dit «l’arbre de cent ans». Mais malheureusement, cet engin fut détruit par une pièce antichar allemande, en position sur le haut de la route de Lunéville, à proximité du quartier du Maroc. Aussitôt, les FFI portèrent secours aux victimes. Bilan de cette action : 2 américains tués et plusieurs blessés.

 

A 15h45, près de l’église, deux audacieux FFI firent leur premier prisonnier allemand, pendant que leurs compagnons harcelaient les derniers allemands retranchés dans la ville (rue Jeanne d’Arc, près du cimetière et sur la rive gauche du Sânon). Un dur combat de rue devait s’engager entre allemands et FFI appuyés par plusieurs gendarmes et une partie du personnel de la police municipale. 

 

 

 

A 17h30, les trois premiers soldats américains firent leur entrée dans la ville. Vers 18h00, FFI et soldats prenaient position près du pont de la maison Aubert. Et c’est là que l’élève gendarme Pierre Escuras, un homme courageux, fut tué quelques instants plus tard par une rafale allemande. Avec pour  arme, une seule mitraillette, quelques pistolets et des grenades, les vaillants FFI réussirent à interdire le retour des allemands dans la ville pendant la nuit. Afin d’organiser leur défense, les derniers allemands firent sauter définitivement le pont du canal.

Dans la nuit du 14 au 15 septembre 1944, des postes de surveillance furent mis en place et des patrouilles mobiles assurèrent la protection de la ville contre un éventuel retour des allemands. Vers 03h00 du matin, des soldats américains furent mis en place dans l’usine Solvay où subsistaient de nombreux postes de tireurs allemands.              

 

A l’assaut du Rambetant

A l’aube, l’infanterie américaine arriva en force, à 08h15, la bataille faisait rage : américains et FFI harcelèrent les derniers allemands retranchés dans les caves des maisons bordant le canal. Un observateur américain, placé dans les greniers du casino Solvay, réglait le tir de l’artillerie. Des plus hauts bâtiments de l’usine, les corps francs américains attaquèrent les derniers allemands cachés aux générateurs, sur les fours à chaux, dans les cabines des péniches détruites et dans les abris situés le long du canal.

 

 

                                         

 

 

 

 

 

 

 

Voyant la situation désespérée, les allemands battirent en retraite. Les FFI procédèrent alors au nettoyage de l’usine Solvay et récupérèrent un abondant matériel. Vers midi, le calme était revenu dans la ville. Cependant, les chars américains partirent à l’assaut du coteau du Rambetant.

Au cours de ces deux jours, on déplora un bon nombre de victimes civiles (surtout dans l’avenue De Lattre où les bombardements furent intenses), plusieurs FFI sérieusement blessés, sans oublier la mort de 2 soldats américains et de l’élève gendarme Pierre Escuras. Tel fut le prix à payer pour que Dombasle soit libre. Le dimanche 17 septembre 1944, la ville enterra ses morts, au milieu d’une foule recueillie et attristée.

 

Pierre Escuras

 

LISTE DES SOLDATS ALLEMANDS TUES LORS DES     COMBATS  DE  DOMBASLE  ET  SA  REGION.

 

HORNECKE             ROLF               18 ANS        ASPIRANT

EBEL                    WILHEM            37 ANS       OFFICIER PAYEUR

BUSCHEMANN        JEAN                31 ANS       FELDWEBEL

WETZEL               WILLY                                 SOUS-OFFICIER

BODENSCHATZ     ALFRED             21 ANS        SOUS-OFFICIER

HANKE                 ERICH               38 ANS       OBERGEFREITER

    ?                    WALTER                               OBERGEFREITER

MORITZ              EDOUARD        38 ANS          GEFREITER

HOLL                 FRIEDRICH        18 ANS         GEFREITER

KNABE               FELIX               33 ANS          GRENADIER

GRILL                    JOSEPH        21 ANS          SOLDAT ALLEMAND

KIETZER               OTTO           38 ANS               IDEM

DREXEL                JOHANN                                  IDEM

SOLDAT               INCONNU

SOLDAT              INCONNU

 

 

Inauguration de la stèle de Ferris Suttle le 17 septembre 2011 à Dombasle/Meurthe en présence de sa famille 

 

 

 

 

 

 

 

LIBERATION DE SOMMERVILLER.

 

 

La  libération a été réalisée le 15 septembre 1944, elle a été précédée la veille par un bombardement qui a fait quelques blessés et occasionné des dégâts matériels.

 Le 15, il y eut un bombardement sérieux pour déloger les allemands installés dans les vergers et les bois voisins, mais pas de résistance dans le village lui-même.

Il y eut à déplorer la mort de Monsieur Charles Gross, d’un enfant d’une dizaine d’année et d’une jeune fille de 19 ans Simone Oswald qui succomba pendant son transport à l’hôpital. On compte une dizaine de blessés au total, parmi lesquels Monsieur Georges Labrevoit qui après avoir, avec un ami, livré 30 allemands aux américains, fut sérieusement touché alors qu’il  se rendait seul, avec le consentement d’un Officier américain, auprès d’un second groupe d’ennemis qui lui avaient été signalés comme prêt à se rendre.

(Extrait du journal la Républiquedu 7 octobre 1944)